Dominique Martin Morin

  • Vulgate académique, quant à l´évolution du droit pénal français : la législation révolutionnaire (1791) se serait prévalue de l´humanisme de Voltaire et de celui du grand Italien Beccaria, l´illustre visionnaire de la refondation de ce secteur du droit, à l´inverse, les codes « criminels » napoléoniens (1808, 1810), avec leur regain de sévérité, auraient pris leurs distances avec cet humanisme. Or cette approche « classique » est sujette à caution. Une prise en compte de la vision du temps sur l´homme relativise sensiblement un tel contraste : de Voltaire lui-même à Napoléon, sans en excepter la Révolution, elle a propension à mettre en valeur une continuité utilitariste. Et l´on se doit d´y constater que l´idéal d´humanité, omniprésent dans les paroles, a dès l´origine et continûment, difficulté à se faire autre qu´illusoire en profondeur, dans les esprits et dans les faits.L´inconvénient d´une telle recherche, c´est que l'image convenue de l´esprit des Lumières, de la Révolution, de la phase impériale, s´en trouve au bout du compte, quant à l´orientation de son axe majeur, quelque peu écornée.

  • Depuis près de quinze ans, les livres du professeur Xavier Martin sur la mentalité du siècle des Lumières et l'esprit des acteurs de la Révolution, ont sans tapage fidélisé un lectorat très motivé. Parmi ces quelques douze ouvrages, nul n'a fait plus d'effet que Voltaire méconnu. Livre à l'écriture vivante et claire, ce qu'on y voit se profiler, c'est une image ordinairement dissimulée du grand « philosophe » de la « tolérance » : haine ou mépris du genre humain en général, et des gens modestes en particulier ; mépris des femmes, jusqu'au sordide ; haine des religions, à l'occasion jusqu'au délire ; mépris des Noirs et des Arabes, haine pathologique à l'égard des Juifs, jusqu'à certains fantasmes d'extermination (qui à l'occasion visent aussi les Turcs) ; mépris des Calas, que Voltaire en douce, avec insistance, tient pour « imbéciles » ; exécration de jeunes auteurs dont il approuve (ou manigance !) l'enfermement par lettre de cachet... Cette énumération n'est pas limitative. Une profusion exceptionnelle de citations époustouflantes, méthodiquement référencées, nourrit l'ouvrage, qui donc pourrait presque être intitulé Voltaire par lui-même.

  • Quelle conception de l'homme les révolutionnaires avaient-ils à l'esprit lorsqu'ils légiféraient pour sa félicité ? Cette interrogation, qui pourrait être primordiale aux yeux de qui se fait devoir de méditer sur leurs « droits de l'homme », est curieusement très peu soulevée. Elle ouvre pourtant, à travers les Lumières et la Révolution, une large voie, qui met au jour un paysage insoupçonné : pour l'essentiel, une conception très réductrice et toute passive de l'être humain, objet prédestiné de manipulation, de « régénération », de bonheur imposé. C'est l'objet de ce livre !

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