• Comment saisir les vies oubliées, celles dont on ne sait rien ? Comment reconstituer au plus près l'atmosphère d'une époque, non pas à grands coups de pinceau, mais à partir des mille petits événements attrapés au plus près de la vie quotidienne, comme dans un tableau impressionniste ?
    Arlette Farge offre ici ce qu'on appelle les « déchets » ou les « reliquats » du chercheur : ces bribes d'archives déclarées inclassables dans les inventaires, délaissées parce que hors des préoccupations présentes de l'historien. Ce sont des instantanés qui révèlent la vie sociale, affective et politique du siècle des Lumières. Prêtres, policiers, femmes, ouvriers, domestiques, artisans s'y bousculent.
    De ces archives surgissent des images du corps au travail, de la peine, du soin, mais aussi des mouvements de révolte, des lettres d'amour, les mots du désir, de la violence ou de la compassion.
    Le bruit de la vague, expliquait Leibnitz, résulte des milliards de gouttelettes qui la constituent ; Arlette Farge immerge son lecteur dans l'intimité de ces vies oubliées. Une nouvelle manière de faire de l'histoire.

  • Galère, bagne, garde-chiourme, taulard. Le vocabulaire d'aujourd'hui garde la trace d'une histoire de plusieurs siècles censée s'achever en 1953 lorsque sont rapatriés les derniers forçats de Guyane.

    À partir de la fin du XVIIe siècle, partout en Europe les galères périclitent. En France, elles sont supprimées par un édit royal de 1748. Sont alors créés les bagnes portuaires : les trois plus importants (Toulon, Brest, Rochefort) abritant chacun entre 2 000 et 4 000 condamnés aux travaux forcés. Leur succèdent, un siècle plus tard, les bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie.
    Dans cette même période du Second Empire et de la Troisième République, se développent les bagnes militaires de « Biribi » et les bagnes d'enfants et d'adolescents des maisons de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs.
    Tout un système pénal qui disparaît progressivement au milieu du XXe siècle et dont demeure la mémoire fragmentée mais tenace de centaines de milliers de destins broyés par force légale.

  • Témoignant du basculement de la France et de l'Europe vers un nouveau monde, la guerre des camisards et la guerre de Vendée encadrent le XVIIIe siècle. La première est une révolte face à la volonté d'absolutisme de Louis XIV et deviendra a posteriori le symbole d'une lutte pour la liberté de conscience;la seconde est une révolte qui symbolise à la fois la Contre-Révolution et la marche forcée vers l'État-nation. Des protestants luttant pour garder leur liberté de culte sans contester la légitimité du pouvoir royal;des catholiques se battant pour préserver leur manière de pratiquer,en contestant le bien-fondé d'un nouveau régime qui les instrumentalise. Deux rapports à l'État mais la même incapacité de l'État d'appréhender la diversité.
    La mémoire de ces deux guerres est demeurée très vivace,non seulement dans les régions concernées,les Cévennes et la Vendée, mais également à l'échelle nationale voir internationale. Ce sont des récits fidèlement transmis, de génération en génération. Mais ce sont aussi deux mémoires façonnées par le temps et dont la perception a pu changer, parfois de manière radicale.
    À travers le récit des révoltes, ce livre à deux voix est une réflexion originale et limpide qui questionne le rapport à l'histoire et à sa mémoire, écrite, orale et picturale.

  • Qui mieux que l'auteur de La Cause du peuple et directeur de la chaîne Histoire pouvait mettre en mots et en images la guerre emblématique de la Contre-Révolution ? Patrick Buisson a réalisé de bout en bout ce superbe album qui comprend quelque 150 illustrations, dont de nombreuses méconnues ou inédites : tableaux, gravures, drapeaux, vitraux, emblèmes, armes et objets éclairent un texte original et enlevé qui fait une large place à des mémoires et témoignages contemporains.

  • Le 10 août 1792, l'émeute parisienne renverse le trône fragile de Louis XVI. Trois jours plus tard, la famille royale est enfermée au Temple, dans un donjon édifié au xiiie siècle. Dans ce lieu sinistre périront successivement le roi, sa femme Marie-Antoinette, sa soeur Madame Élisabeth, tous trois guillotinés ; et enfin son fils, le dauphin « Louis XVII ». Seule survivante, la fille du couple royal, Marie-Thérèse de France, sera finalement libérée le 19 décembre 1795, après une détention de plus de mille jours. Entre-temps, le Directoire a remplacé la Convention et les thermidoriens tentent de terminer la Révolution en faisant oublier la Terreur.

    Pour la première fois, un historien se penche sur l'histoire globale de cette captivité. Nourri de nombreuses archives encore inexploitées, Charles-Éloi Vial raconte avec un sens rare de la narration le quotidien des captifs et brosse le portrait de l'ensemble des protagonistes du drame, la famille royale au premier chef, mais aussi les geôliers, les employés, les gardes et les visiteurs, sans oublier les figures politiques souvent rivales à l'instar d'Hébert et de Robespierre. Ce récit prenant interroge enfin la Révolution, et plus précisément la Terreur, sur l'antinomie entre la grandeur de ses principes et certains de ses actes. Un grand livre d'histoire sur un lieu d'histoire et de mémoire, qui incarne et marque l'origine de la guerre entre les deux France.

    Archiviste paléographe, docteur en histoire, Charles-Éloi Vial est conservateur à la Bibliothèque nationale de France. Après un remarqué Les Derniers Feux de la monarchie. La cour au siècle des révolutions (Perrin, 2016), sa biographie de Marie-Louise a été couronnée en 2017 par le prix Premier Empire de la Fondation Napoléon.

  • Pierre-Louis Roederer est l'un des principaux acteurs du dernier été de la monarchie qu'il dépeint ici avec une objectivité et une précision rares. Sa chronique court de la première invasion des Tuileries, le 20 juin 1792, à la journée du 10 août suivant, celle de l'assaut au Palais-Royal, du massacre des Suisses et de la suspension du roi bientôt enfermé au Temple.
    Ce jour-là, Roederer est aux premières loges, aux côtés de la famille royale, et c'est lui qui la conduit à l'Assemblée pour, croit-il, la sauver et sauver la Constitution. Or, le piège se referme sur le monarque à la fois faible et dépassé par les événements. La Révolution change de cours et bascule dans la Terreur.
    Proche de La Fayette et des Girondins, Roederer nous raconte ces cinquante jours qui voient la montée des extrêmes, la manipulation des sans-culottes, la passivité des modérés trop divisés pour agir efficacement, la politique du pire menée par la Cour et, pour finir, le saut dans l'inconnu de toute une société.
    Un été qui commence dans l'espoir et s'achève dans le sang. Un témoignage historique d'envergure qui est aussi une leçon à méditer.

    « Mon livre n'apprendra rien aux brouillons, heureusement peu nombreux, qui semblent désirer le renversement de nos institutions ; mais il fera connaître leurs manoeuvres aux bons citoyens qui les ignorent, et toutes les conséquences qu'elles entraînent à ceux qui n'en sentent pas la portée. » Roederer.

  • Figure oubliée de la famille de Dietrich, Sybille (1755-1806) n'est pas seulement l'épouse de Philippe Frédéric, le premier maire élu de Strasbourg, et l'arrangeuse de La Marseillaise, qui a été chantée pour la première fois dans son salon. Femme des Lumières profondément républicaine, intellectuelle, elle tient salon à Strasbourg et à Paris. Sous la Terreur, elle échappe de peu à la guillotine qui fauche son mari et, veuve volontariste, fait face à la ruine des affaires Dietrich.
    C'est aussi une amante qui affronte sa famille pour vivre son amour avec un jeune et brillant militaire, une mère éplorée qui perd, un à un, ses quatre enfants, une grand-mère qui n'hésite pas à élever sa petite-fille illégitime dans un monde aux moeurs encore figées, une franc-maçonne engagée dans les premières loges féminines. Sa vie s'inscrit au sein d'un vaste réseau familial et amical qui rayonne dans toute l'Europe, de Nantes à Hambourg, en passant par Bâle et Paris, et bien sûr Strasbourg, au milieu des grandes figures littéraires, artistiques et politiques de son époque en révolution.
    Sous la plume vivante de l'auteure et à travers de nombreuses citations épistolaires, la baronne et citoyenne Dietrich joue de la musique, lit, commente la politique, pleure et réconforte. En un mot, elle vit - ou revit - à chaque page.

  • Vulgate académique, quant à l´évolution du droit pénal français : la législation révolutionnaire (1791) se serait prévalue de l´humanisme de Voltaire et de celui du grand Italien Beccaria, l´illustre visionnaire de la refondation de ce secteur du droit, à l´inverse, les codes « criminels » napoléoniens (1808, 1810), avec leur regain de sévérité, auraient pris leurs distances avec cet humanisme. Or cette approche « classique » est sujette à caution. Une prise en compte de la vision du temps sur l´homme relativise sensiblement un tel contraste : de Voltaire lui-même à Napoléon, sans en excepter la Révolution, elle a propension à mettre en valeur une continuité utilitariste. Et l´on se doit d´y constater que l´idéal d´humanité, omniprésent dans les paroles, a dès l´origine et continûment, difficulté à se faire autre qu´illusoire en profondeur, dans les esprits et dans les faits.L´inconvénient d´une telle recherche, c´est que l'image convenue de l´esprit des Lumières, de la Révolution, de la phase impériale, s´en trouve au bout du compte, quant à l´orientation de son axe majeur, quelque peu écornée.

  • Depuis près de quinze ans, les livres du professeur Xavier Martin sur la mentalité du siècle des Lumières et l'esprit des acteurs de la Révolution, ont sans tapage fidélisé un lectorat très motivé. Parmi ces quelques douze ouvrages, nul n'a fait plus d'effet que Voltaire méconnu. Livre à l'écriture vivante et claire, ce qu'on y voit se profiler, c'est une image ordinairement dissimulée du grand « philosophe » de la « tolérance » : haine ou mépris du genre humain en général, et des gens modestes en particulier ; mépris des femmes, jusqu'au sordide ; haine des religions, à l'occasion jusqu'au délire ; mépris des Noirs et des Arabes, haine pathologique à l'égard des Juifs, jusqu'à certains fantasmes d'extermination (qui à l'occasion visent aussi les Turcs) ; mépris des Calas, que Voltaire en douce, avec insistance, tient pour « imbéciles » ; exécration de jeunes auteurs dont il approuve (ou manigance !) l'enfermement par lettre de cachet... Cette énumération n'est pas limitative. Une profusion exceptionnelle de citations époustouflantes, méthodiquement référencées, nourrit l'ouvrage, qui donc pourrait presque être intitulé Voltaire par lui-même.

  • Quelle conception de l'homme les révolutionnaires avaient-ils à l'esprit lorsqu'ils légiféraient pour sa félicité ? Cette interrogation, qui pourrait être primordiale aux yeux de qui se fait devoir de méditer sur leurs « droits de l'homme », est curieusement très peu soulevée. Elle ouvre pourtant, à travers les Lumières et la Révolution, une large voie, qui met au jour un paysage insoupçonné : pour l'essentiel, une conception très réductrice et toute passive de l'être humain, objet prédestiné de manipulation, de « régénération », de bonheur imposé. C'est l'objet de ce livre !

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