• Jean Calvin

    Crouzet-D

    • Fayard
    • 3 Mai 2000

    Face à la truculence et à la vitalité de Martin Luther, Jean Calvin (1509-1564) semble faire pâle figure. L'histoire souvent a vu en lui un réformateur froid et distant, dépassionné et peu prolixe sur lui-même. Pourtant sa vie fut intense et contrastée, traversée à tout instant par la violence du don de soi à une humanité qu'il voulait fraternelle et solidaire. Calvin se pensait en effet comme élu de Dieu sur le modèle des élus de l'Ancien et du Nouveau Testament. Prophète et apôtre, il mena - spécialement à Genève - ses combats en reprenant avec opiniâtreté, comme un acteur monté sur une scène, les paroles et les gestes des acteurs des temps bibliques : Abraham, Job, Saül, David, Jonas, Paul... Il fonda ainsi une foi évangélique qui tentait de rompre avec les angoisses dont il avait lui-même souffert avant sa conversion, avec les illusions dont à ses yeux les chrétiens de son temps étaient bercés ; une foi rassurante qu'il s'efforça sans relâche de communiquer. Même lorsqu'il proclamait que Dieu haïssait les incrédules et que Sa justice s'exerçait inexorablement sur tous ceux qui vivaient dans le péché, il agissait en croyant débordant d'un amour qui épousait l'amour divin. Il serait donc anachronique de discerner en lui un inventeur ou même un accoucheur de la "modernité", car il se comprend au sein du XVIe siècle envahi par des doutes et des craintes , travaillé par la question lancinante du salut, mais aussi ouvert à une profonde espérance, au désir de faire de la vie de tous les jours une sagesse.


    Professeur d'histoire moderne à l'université de paris-Sorbonne, Denis Crouzet s'est spécialisé dans l'histoire religieuse au XVIe siècle. On lui doit, entre autres livres, La Nuit de la Saint-Barthélémy (Fayard, 1994) ainsi qu'une biographie de Michel de L'Hospital (1999).

  • Venise, 500-2020 Nouv.

  • Durant les affrontements des guerres de Religion qui déchirèrent la France entre 1562 et 1598, des enfants catholiques âgés de six à douze ans participaient à l'exécution des hérétiques, se faisant ainsi tueurs, massacreurs et tortionnaires. Comment expliquer une telle présence des enfants au coeur de la violence qui emporte le catholicisme militant dans des rêves sanglants ? L'innocence et la pureté de ces jeunes bourreaux sont paradoxalement exaltées dans les rituels de mise à mort, sorte de théâtre biblique impitoyable, qui confèrent au combat des hommes pour le salut une signification prophétique.
    Denis Crouzet fait la lumière sur ce surgissement de haine sacrée qui, plus qu'un épiphénomène ou une scorie de l'histoire des guerres de Religion, nous permet de pénétrer dans la profondeur des imaginaires qui se cristallisent autour de deux événements majeurs : le massacre de la Saint-Barthélemy et l'assassinat d'Henri III, le dernier souverain de la monarchie des Valois-Angoulême. Dans un contexte angoissant de fin des temps, il montre que le basculement dans l'horreur et l'inhumain devient la seule voie de salut pour les « enfants de Dieu ».

  • Au mythe de la « Renaissance » et aux débats qui s'y attachent, à la figuration célébrée d'un présent fécondé par une restitution des sagesses de l'Antiquité, à l'imaginaire humaniste d'un recommencement, Élisabeth Crouzet-Pavan préfère substituer l'horizon des Renaissances italiennes.
    Le pluriel s'impose à ses yeux, parce qu'il existe une autre Renaissance, moins démonstrative que celle des savants et des artistes, mais tout aussi vivante, par laquelle continuent à vivre et à revivre des passés plus ou moins proches.
    Les représentations, les mémoires et les actions s'enchâssent et jouent alors les unes avec les autres parce que les temps communiquent sans cesse. C'est un âge du paradoxe qui surgit sous nos yeux : de grandes espérances coexistent avec l'appréhension de l'imminence du Jugement dernier, des rêves enthousiastes d'harmonie voisinent avec l'angoisse du péché, la quête de la beauté est confrontée à la conscience du mal...
    Renaissances italiennes, de Milan à Naples, de Florence à Venise, de Rome à Ferrare, invite ainsi le lecteur à déplacer son regard. Et dans cette somme magistrale, Élisabeth Crouzet-Pavan nous guide dans la complexité d'un univers humain qui éprouvait autant un immense amour de la vie qu'une tenace peur de la mort, autant une extraordinaire exaltation créatrice qu'une profonde sensation de finitude...


  • le xiiie siècle italien est un long siècle mal connu qui, par sa densité historique, ne le cède pourtant en rien aux " gloires " ultérieures de la " renaissance ".
    un formidable mouvement paraît en effet l'animer, plus vif, plus net à mesure que le temps avance. dante et giotto sont les figures symboliques de ce grand remuement au rythme duquel une autre italie surgit. tout bouge, tout change : les hommes, les paysages, les rues et les places comme les cultures de la colline, les pratiques du politique ou les techniques économiques et artistiques. elisabeth crouzet-pavan s'attache ici à retracer l'histoire de cette capacité de création qui fut peut-être, alors que la violence envahissait implacablement les cités, les déchirait, alors que le sang coulait et que les factions s'affrontaient avec constance et âpreté, un art de continuer à penser la vie sous " le cours du ciel et de la lune ".
    une vie entre enfers et paradis.

  • Faisant retour sur les attaques criminelles de janvier 2015 à Paris, deux historiens rappellent ce qu'ont été les guerres de Religion du XVIe siècle car, par la logique du massacre, Daech et les terroristes pratiquent effectivement une nouvelle forme de guerre de religions. Loin de tenir les attentats pour des épiphénomènes de l'anticolonialisme, du tiers-mondisme, du racisme, des problèmes de la banlieue ou du conflit israélo-palestinien, ils soulignent la dimension eschatologique du projet théologico-politique des assassins. Souvenons-nous que la France du XVIe siècle a connu un contexte semblable, où tuer son voisin revenait à participer à un saint élan de purification du corps de l'Église. Souvenons-nous aussi que l'État moderne s'est patiemment mais sûrement construit sur le règlement de la «?discorde civile?» de religion.
    Que nous apprend notre histoire de cette résurgence de la violence au nom du sacré ? Pour éradiquer les fausses idées et le sortilège des croyances, comment intégrer au mieux un véritable enseignement du fait religieux dans les collèges et les lycées ?

  • Découvrez La nuit de la Saint-Barthélémy - Un rêve perdu de la Renaissance, le livre de Denis Crouzet. Que s'est-il vraiment passé la nuit de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 ? Pourquoi, brusquement, des milliers de protestants ont-ils été mis à mort dans Paris ? Au fil d'un enquête exemplaire, Denis Crouzet observe minutieusement la reine Catherine de Médicis. Il fait ressurgir, à l'occasion du mariage de sa fille Marguerite et du prince protestant Henri de Navarre, son idéal de tolérance et ses stratégies de conciliation des factions qui, depuis 1562, entraînent le royaume de France dans des guerres civiles atroces. Il montre comment, à l'occasion de l'attentat dont est victime au sortir du Louvre l'amiral Coligny, son rêve de paix se brise tragiquement le 22 août 1572 sur une radicalisation des catholiques et des protestants. La concorde humaniste ne peut résister à une effrayante montée des tensions religieuses qui, sans doute dans la pensée d'éviter une nouvelle guerre civile, contraignent la monarchie à procéder à une exécution préventive des chefs du protestantisme militaire. Mais c'était sans compter sur l'exaltation qui porte immédiatement les catholiques parisiens au massacre de tous ceux qui, à leurs yeux, rompent l'union du royaume avec Dieu. Au-delà de cet enchaînement événementiel, La nuit de la Saint-Barthélemy dévoile la façon tragique dont les femmes et les hommes en viennent parfois à défaire, dans le sang, le lien fragile qui autorise la vie en société.

  • Le royaume de Jérusalem fut fondé par les princes chrétiens à la fin de la première croisade lorsqu'ils s'emparèrent de la ville. Le premier roi fut Godefroy de Bouillon en 1099.
    La période est fascinante et peu de livres sérieux lui sont consacrés. Elisabeth Crouzet-Pavan étudie comment les chroniqueurs du temps ont réussi à écrire, à décrire et à faire exister deux faits inouïs : la croisade et ce qui en résulta : la création du royaume de Jérusalem. Comment un roi de chair put-il régner là où le Christ avait été roi ?
    Dans ce livre stimulant, Elisabeth Crouzet-Pavan montre la fabrication complexe de cet objet historique tout à fait mystérieux pour les hommes de ce temps.

  • À Venise, le niveau des eaux s'élève inéluctablement, ronge les pilotis qui soutiennent les palais, érode les rives. De pharaoniques travaux sont entrepris pour empêcher que l'eau s'engouffre dans la lagune et inonde toujours plus les rues et les maisons.
    Cette ville à présent fragile fut pourtant triomphante hier, et ce livre raconte l'histoire de sa construction dans un milieu hostile, sopra le acque salse, sur les eaux salées. Dans les derniers siècles du Moyen Âge, quand Venise comptait bien plus d'habitants qu'aujourd'hui, au gré de chantiers innombrables et d'un effort humain et financier considérable, sans cesse de la terre fut charriée et amassée pour conquérir toujours plus d'espace. Grâce à ce travail de création ininterrompue, accompli malgré la menace permanente de l'écosystème, la ville sur l'eau a été bâtie, ornée, pour devenir ce « miracle de pierres ». Mais Venise n'est pas qu'un décor de marbre et de briques.
    Retracer l'aventure de l'invention de Venise, c'est aussi faire revivre les acteurs de cette histoire collective, restituer une culture urbaine et un imaginaire civique, ou comment les Vénitiens plaçaient leur histoire sous la protection et la providence divines.
    Cet ouvrage capital est la synthèse la plus aboutie et la plus complète qui existe à l'heure actuelle sur la naissance et le développement de Venise au Moyen Âge ; une ville qui, à la Renaissance, deviendra la Sérénissime.

  • Charles Quint

    Denis Crouzet

    Charles Quint règne sur presque toute l'Europe, de l'Espagne aux Pays-Bas, de l'Allemagne à la Franche-Comté, de la Lombardie à la Sicile. Au-delà des mers, il conquiert les vastes territoires des Empires aztèque et inca. Mais, en quelques années, la chrétienté se divise, en proie à la sédition religieuse. C'est un portrait inattendu de l'Empereur que dresse ici Denis Crouzet : rêvant d'une monarchie chrétienne universelle, Charles Quint est déchiré entre son désir de paix et les devoirs de gloire que lui imposent son rang et son sang.
    En quelques années, de 1545 à 1552, ce souverain à la puissance inégalée voit s'effondrer le monde et s'ouvrir des temps de violence et de peurs.

  • Ce livre traite d'histoire religieuse et, précisément, d'histoire religieuse de 1520 à 1562. Le plan est chronologique dans le cadre d'une histoire globale. Un premier chapitre traite des rapports de forces très complexes qui se mettent en place autour de 1520. Le deuxième chapitre analyse la période de détermination incertaine des partages religieux, qui s'étend jusqu'en 1535, marquée par le début de la pénétration luthérienne. Le troisième chapitre tente de cerner le calvinisme en tant que christianisme évangélique. Le quatrième chapitre s'intéresse au processus de "fixation calvinienne" par lequel le royaume de France passe, progressivement, d'un univers pluriel ouvert à un monde en voie de clôture sur la seule hétérodoxie calviniste. Enfin, un cinquième et ultime chapitre analyse la montée en force du calvinisme. Le livre s'arrête donc à l'instant où la Réforme française enfin parvenue à une fixation identitaire bascule dans une autre histoire, celle du combat, par les armes, pour la foi, à l'instant donc où les fidèles de l'Evangile deviennent des guerriers de Dieu affrontant d'autres guerriers de Dieu.

  • Allons ! dirent-ils, bâtissons-nous une ville !.
    Quel rapport peut-il y avoir entre le récit de la Tour de Babel et la question de la concurrence économique ? Peut-on considérer le travail comme une malédiction ?. Chaque jour nous faisons notre marché, nous travaillons-nous vivons, enfin. Nous passons plus de temps à travailler qu'à lire la Bible. La parole de Dieu se transmet avec les mots d'aujourd'hui. le monde du travail, le monde économique ont leurs lois : quel peut être aujourd'hui l'intérêt d lire des textes vieux, si vieux (pensez donc, les plus récents ont deux mille ans d'âge) dans cette grande bibliothèque biblique ? Au fil des rencontres et des situations vécues, Didier Crouzet feuillette le Livre : et voilà que se créent des liens.
    Voilà que se construisent des passerelles. Une lecture revigorante.

  • Lorsque, sur la fin du mois de mars 1562, le prince de Condé lance un appel aux Eglises protestantes en vue d'une mobilisation générale des fidèles de l'Evangile, le royaume de France est pris dans la spirale d'un processus accéléré de changement historique qui, d'une situation de rupture de l'unité religieuse, le fait basculer dans la guerre civile.
    Catholiques et calvinistes vont désormais s'affronter, de manière certes discontinue, durant près de quatre décennies dramatiques.
    Mais ce rapide glissement dans la violence collective ne doit pas oblitérer une évidence : la Réforme française relève d'un lent travail, et 1562, façonne une dynamique identitaire. Sa séquence de genèse semble débuter par des expériences religieuses plurielles, empiriques et bien souvent instructurées, dont certaines s'amplifient ou se transforment en des attitudes schismatiques que la répression étatique ne parvient pas à brider et que, tardivement, le calvinisme fixe dans un ordre confessionnel.
    C'est cette histoire que ce livre, en se fondant sur la diversité des approches historiographiques, tente de recomposer.

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