Belles Lettres

  • Dans ce dialogue rédigé à la fin de sa vie, quand les institutions politiques et religieuses de la république romaine sont bouleversées, Cicéron soumet à la libre discussion critique les doctrines théologiques des deux philosophies dominantes, l'épicurisme et le stoïcisme. Conformément à la tradition de la Nouvelle Académie, le débat cherche à fixer une définition au moins probable de la nature des dieux et de leurs relations avec le monde des hommes.
    En philosophe soucieux de prendre en compte les déterminations culturelles et historiques dans la formation des conceptions des dieux, Cicéron conteste la validité des « notions communes » sur lesquelles les épicuriens et les stoïciens fondent leurs doctrines en leur opposant la diversité des représentations des dieux et des pratiques religieuses. Par là, ce dialogue livre un témoignage d'une richesse exceptionnelle sur toutes les formes qu'a pu prendre dans l'Antiquité la pensée du divin

  • La Lettre d'Aristée à Philocrate a pour auteur un Juif de l'Égypte hellénistique dont le nom nous reste inconnu.
    Avec un art très sûr, elle met en scène le roi macédonien Ptolémée II d'Égypte et soixante-douze Juifs lettrés venus de Jérusalem, qui collaborent pour traduire d'hébreu en grec le texte de la Torah, afin qu'elle vienne enrichir la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. La renommée de cette Bible des Septante sera immense dans le judaïsme, puis dans le christianisme.
    On lit ensuite ici le Traité des Poids et Mesures d'Épiphane de Salamine, traduit en français pour la première fois, sous sa forme courte conservée en grec.
    Rédigé à la fin du IVe siècle de notre ère, consacré à la philologie biblique, il reprend le récit en l'enrichissant d'éléments légendaires et de nouveaux développements.
    Selon lui l'oeuvre des soixante-douze Anciens a été marquée par un miracle, et ce n'est pas de trop pour défendre l'autorité de la Septante. Car il existe désormais des traductions de la Bible plus récentes, celles d'Aquila, de Théodotion, de Symmaque et de deux anonymes, qui lui disputent la place de texte sacré et dont il faut aussi exposer l'origine.
    La troisième partie donne à lire plusieurs dizaines de textes grecs, latins, hébreux, syriaques et arabes, certains inédits en français, qui racontent à leur façon les origines de la Septante, et dont la rédaction s'étale depuis le IIe jusqu'au XVe siècles.

  • Rapprocher le Panégyrique de saint Mélèce composé par Jean Chrysostome (fin du IVe s. ap. J.-C.) et le Panégyrique de saint Jean Chrysostome écrit par Jean Damascène (début du VIIIe s. ap. J.-C.) permet de saisir la vie de la tradition littéraire grecque dans sa continuité et dans ses évolutions, aussi bien que celle de la spiritualité chrétienne. Les deux discours se font écho à travers une quête commune, celle de l'image idéale du maître spirituel. Si une communauté en pleine expansion mais en proie à des dissensions internes, au temps de Jean Chrysostome, a besoin d'une figure comme garant de son orthodoxie, la nécessité d'un référent est encore plus sensible à l'époque de Jean Damascène, tandis que le christianisme tend à devenir minoritaire par rapport à l'islam et que le grec en vient à être supplanté par l'arabe.

  • Selon le document appelé Donation de Constantin, l'Empereur Constantin aurait fait don, au Ive siècle, de l'Empire à la Papauté, établissant ainsi pour des siècles le pouvoir temporel du Pape. Pourtant, cette Donation est un faux, ce que démontre ici avec vigueur, et dans un style pamphlétaire virtuose, le grand humaniste Lorenzo Valla (1407-1457).

    Publié en 1442, l'essai de Lorenzo Valla démonte, un à un, tous les mécanismes de ce grand faux historique avec des arguments tant philologiques que de pure vraisemblance.

    Le texte de Valla peut être considéré comme fondateur de la critique moderne, notamment par les concepts de « vrai » et de « faux » qu'il substitue pour la première fois aux anciennes notions de texte « authentique » ou «apocryphe».

empty