Seuil

  • Jésus est à la mode. Historiens, écrivains, cinéastes tentent de percer le mystère : qui était l'homme de Nazareth ? A-t-il eu un père ? Qu'ambitionnait-il de faire ? Pourquoi est-il mort ? Ce livre n'esquive aucune question. Il est l'oeuvre d'un historien, théologien, spécialiste de l'Antiquité. Il entraîne le lecteur, la lectrice à examiner les documents, à chercher des preuves, à dépasser les réponses ressassées pour en apercevoir d'autres.
    On découvre quels soupçons, déjà du temps de Jésus, pesaient sur sa naissance. On fait la connaissance de son maître spirituel, Jean dit le Baptiseur. Les diverses facettes de ce juif exceptionnel sont explorées : Jésus le guérisseur, Jésus le poète du Royaume, Jésus le maître de sagesse. Ses amis (hommes et femmes) et ses adversaires sont nommés. Les raisons de sa mort (pourquoi est-il monté à Jérusalem ?) sont analysées. La naissance de la croyance en la résurrection est scrutée. La fabuleuse destinée de Jésus dans les trois grands monothéismes est aussi retracée : christianisme, judaïsme et islam ont construit de lui une image, à chaque fois différente.
    Le livre est aussi passionnant qu'une enquête policière. Dans un style vif et clair, Daniel Marguerat livre ici le meilleur de la recherche récente, tenant ses lecteurs en haleine jusqu'aux dernières pages.

  • C'est à l'histoire d'une mémoire disputée que nous convie ce livre, moins pour faire récit des manipulations du souvenir que pour dresser l'inventaire des résistances du passé. Peut-être aussi pour tenter de rendre sensible l'épaisseur des temps par quelques expériences narratives...
    Le souvenir est celui d'Ambroise, élu évêque de Milan en 377, à l'époque où la ville est l'une des capitales de l'Empire romain. Contemporain de cette bascule d'un temps dans l'autre qu'est l'Antiquité tardive, Ambroise instaure une grande séparation entre ceux qui croient au Christ et ceux qui n'y croient pas. Jouant la ville contre le palais, le peuple contre la cour, il fait de la lutte contre l'hérésie la cause d'une Église défendant l'inviolabilité du domaine de Dieu face au pouvoir impérial.
    Héros de la romanité continuée, champion de la liberté de l'Église, saint patron de la ville et protecteur céleste de sa conscience civique, Ambroise n'a cessé de hanter l'histoire de Milan, depuis le temps des évêques carolingiens jusqu'à la Contre-Réforme catholique, et bien au-delà encore. Partant sur les traces de ses vies posthumes, ce livre propose une enquête sur la manière dont se façonnent, en longue durée, et de manière heurtée, contradictoire et toujours conflictuelle, les identités collectives. S'y révèle, chemin faisant, une archéologie du gouvernement des modernes, buttant sur l'origine liturgique de tout pouvoir et la violence constitutive à toute fondation.

  • La christianisation de l'Empire romain entraîna, à la fin de l'Antiquité, une modernisation décisive de l'exercice de l'autorité.
    Dès lors, comme le montre Peter Brown, apparaissent de nouveaux mécanismes de régulation qui traduisent la montée en puissance des évêques et des ermites - au détriment des philosophes - et qui témoignent des ruses changeantes de la persuasion face à un système de gouvernement impitoyable. Peter Brown a lu tous les documents (lettres, autobiographies, hagiographies, histoires, traités, recueils de lois...) qui nous font connaître les acteurs de cette transformation, sur laquelle les sociétés chrétiennes ont vécu plus d'un millénaire.
    En magicien visionnaire, il ranime ici leurs passions, leurs intérêts, leurs attentes et analyse magistralement le glissement de paradigme politique qui met fin à la société antique et prépare la société médiévale.

  • Au milieu du XVIIe siècle, dans un monde germanique déchiré par les guerres et les luttes religieuses, Johannes Scheffler, un jeune protestant lecteur des mystiques médiévaux et modernes, de maître Eckhart, de Jacob Boehme et de Jean de la Croix, publie un recueil de distiques et de quatrains, Le Pèlerin chérubinique, sous le nom d'Angelus Silesius. Une méditation assidue des textes et la fréquentation de contemporains d'une intense spiritualité le portent à sonder les mystères de la religion et de la philosophie, l'être, l'essence, la Déité, le néant, l'abandon. Son écriture, caractéristique de l'âge baroque, lui permet d'atteindre, grâce à la poésie, les limites des orthodoxies et même de la pensée.
    Ces poèmes, défi aux philosophes et aux poètes, ne cesseront d'inspirer des lecteurs assidus : de Leibniz à Schopenhauer, de Heidegger à Roger Munier, de Maurice Blanchot à Lacan et à Derrida, nombreux sont ceux qui liront Le Pèlerin chérubinique. À partir de cette lecture, ils se découvriront eux-mêmes, n'hésitant pas à trouver dans ces vers l'écho rétrospectif de leur modernité.
    À propos d'un vers célèbre de Gertrude Stein, « Rose is a rose is a rose is a rose », et de « La rose sans pourquoi » de Heidegger, Blanchot se souvient du début du distique d'Angelus Silesius :
    « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit, Elle ne fait pas attention à elle-même, ne demande pas si on la voit. »

  • À quoi bon des images ? Peuvent-elles nous faire accéder à l'essentiel ?
    Pour explorer ces questions, ce livre analyse les différentes théories formulées pendant un long Moyen Âge, qui va d'Augustin au Concile de Trente. Les concepts de trace, de symbole, de ressemblance, d'image mentale, de figure matérielle construisent, dans une confrontation permanente avec la parole et l'écriture, les structures souples mais cohérentes de la représentation. Objets de mémoire et de récit, de méditation et de visualisation, d'usage et de vénération, les images appartiennent alors à une histoire des formes de la vérité.
    Pourtant les penseurs médiévaux admettent aussi que l'essentiel (la pensée et le divin) est invisible pour les yeux. Ils orientent l'image vers ce qui la dépasse. Travaillée par l'opposition entre ressemblance et non-figuration, la doctrine de l'image enchaîne ainsi conflits et crises.
    Au cours de cette histoire tumultueuse, l'art, la philosophie et la théologie s'entrecroisent. Et peu à peu s'affirment la visibilité de Dieu, l'exaltation du contemplateur, et la souveraineté de l'artiste - le triomphe du visible, si proche de notre modernité.
    L'image médiévale n'appartient pas seulement à l'histoire de l'art, elle nous donne aussi à penser.

  • Le pèlerinage est très ancien. Il n'a pas cessé d'être actuel. Depuis une trentaine d'années, la fréquentation croissante des chemins de Compostelle a redonné une visibilité au phénomène pèlerin dont on avait trop vite annoncé la disparition.
    Ce livre s'attache à retracer, au sein d'une Europe désormais divisée en confessions, les élans, les éclipses et les recharges d'une pratique religieuse que l'institution ecclésiastique s'est toujours efforcée de discipliner sans jamais y parvenir. Tout à la fois singulière et collective, la marche vers un lieu saint n'est pas vagabondage. Elle est tendue vers un terme, lieu de rencontre avec l'archange, l'apôtre ou le saint intercesseur, dont le pèlerin attend le secours.
    À travers gestes et paroles, il s'agit ici de retrouver et de comprendre une expérience spirituelle qui a déplacé des foules, qui les a rassemblées auprès des sanctuaires, mais dont les acteurs n'ont fait que rarement confidence.

  • Les Sermons parisiens ont été rédigés par Maître Eckhart entre 1311 et 1313 durant son second magistère à la Faculté de théologie de l'Université de Paris. Ecrits en latin dans un style qui est celui des grands sermons universitaires de cette période, ils expriment déjà la plupart de ses thèmes mystiques favoris tels que l'Incarnation du Verbe, le détachement de l'âme et la filiation divine. En articulant la pensée chrétienne et la philosophie grecque ou, pour reprendre les termes d'Eckhart, en s'efforçant " d'expliquer par les raisons naturelles des philosophes les affirmations de la sainte foi chrétienne et de l'Ecriture dans les deux Testaments", ces Sermons, traduits pour la première lois en français par Eric Mangin, constituent le fruit de sa réflexion théologique et le précieux témoignage de ce que fut l'enseignement universitaire au début du XIVe siècle.

  • D'Hugues Capet à Philippe Auguste, les premiers monarques capétiens jetèrent les bases d'un gouvernement monarchique absolu qui allait durer jusqu'à la Révolution française. Si, après l'élection d'Hugues Capet, en 987, la dynastie s'enlise au milieu des châteaux et des guerres de voisinage, au tournant de l'an 1100, les monarques capétiens entreprennent d'exploiter, accélérer ou simplement accompagner les profonds bouleversements qui agitent la société féodale pour donner naissance à un mode de gouvernement inédit jusque-là. En effet, les mutations sociales qui s'amorcent au début du deuxième millénaire sont riches de potentialités dans tous les domaines : socio-économique, culturel, religieux. Dominique Barthélemy choisit donc d'allier dans son propos une étude de cette société qui se transforme à une exploration du processus monarchique pour mieux mettre en lumière l'avènement de cette hégémonie inédite qui sera définitivement en place avec le règne de Philippe Auguste. En s'appuyant sur les chroniques de l'époque et et sur les récentes découvertes de l'anthropologie sociale, il met au jour le fonctionnement d'un système de canalisation des conflits et dévoile le caractère structurel et dynamique du système féodal pour donner un nouveau sens à la fameuse " mutation " de l'an 1100, si décisive dans l'établissement de la monarchie française et de la transformation de la France en nation.

  • le christianisme imprègne, avec plus ou moins d'évidence, la vie quotidienne, les valeurs, les choix esthétiques de ceux-là mêmes qui l'ignorent.
    ii contribue au dessin du paysage des campagnes et des villes. ii fait parfois l'actualité. or les connaissances nécessaires à l'interprétation de cette présence s'effacent, avec rapidité. du même coup, l'incompréhension grandit.
    admirer le mont saint-michel et les monuments de rome, de prague ou de belém, se délecter de la musique de bach ou de messiaen, contempler les tableaux de rembrandt, goûter véritablement certains ouvrages de stendhal ou de victor hugo implique de pouvoir décrypter les références chrétiennes qui constituent la beauté de ces lieux et de ces chefs-d'oeuvre.
    la saisie des débats les plus récents concernant la colonisation, les pratiques humanitaires, la bioéthique, le choc des cultures suppose, elle aussi, une connaissance du christianisme, des éléments fondamentaux de sa doctrine, des péripéties qui ont scandé son histoire, des étapes de son adaptation au monde.
    c'est dans cette perspective qu'une soixantaine de spécialistes ont été sollicités pour parcourir les grandes dates, les grands moments, les grandes figures du christianisme, des origines à nos jours.
    destiné à un large public, cet ouvrage collectif intéressera les lecteurs chrétiens soucieux d'approfondir leur savoir et, plus encore, tous ceux qui, par simple curiosité intellectuelle ou pour mieux comprendre leur environnement et la culture de l'autre, désirent connaître l'histoire d'une religion qui, jusqu'alors, leur demeurait opaque.

  • Qu'est-ce qu'un prophète ? Un terrifiant oiseau de mauvais augure ? Une voix qui crie la bonne nouvelle dans le désert ? Derrière ce lien privilégié entretenu avec l'avenir, la définition du prophétisme est d'autant plus floue qu'elle varie selon les époques et les cultures, et même selon les religions. Dans une vaste synthèse diachronique et transcontinentale, André Vauchez et son équipe ont choisi de se concentrer sur la figure du prophète de tradition chrétienne, homme de l'attente avant toute chose, personnalité plus charismatique que réellement sage ou sainte. Au long de cet ouvrage magistral, ils traquent cette figure dans l'histoire, de l'Europe au Moyen-Orient, de l'Afrique aux Amériques. À l'appui de sources bibliques et religieuses, mais aussi d'analyses plus contemporaines, telle celle de Max Weber, ils dressent le portrait d'une figure investie d'une autorité divine, capable de soulever les foules en professant une parole inspirée et apocalyptique, qui " lève le voile de l'avenir ".Loin de céder à la tentation du catastrophisme, si prégnante dans nos sociétés contemporaines, le prophète s'avère au contraire être un homme de l'espérance, dont la présence et le charisme traversent les époques et les océans. Voilà qui rend ce livre indispensable, à l'heure où semblent l'emporter la peur à l'échelle planétaire ou la tentation d'un repli identitaire !

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