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  • Le postulat a priori paradoxal de ce livre est que les prisons des XVI -XVIII siècles ont été des espaces d'autonomie, voire de liberté pour les minorités religieuses clandestines : les récusants, restés catholiques dans l'Angleterre protestante, les crypto-protestants en France, après la Révocation de l'édit de Nantes, les morisques et les marranes dans l'Espagne inquisitoriale, qui pratiquent en secret l'islam ou le judaïsme. Dans leur lieu de détention, ils ont ciselé des graffiti, rédigé lettres et ouvrages, dissimulé des objets. Les espaces de l'enfermement, alors extrêmement divers (prisons, établissements religieux, galères) qui offraient aux détenus des conditions de vie très hétérogènes suivant leurs res sources et leur statut social, ont en effet été investis comme des lieux de sociabilité et de culte tant par les prisonniers que par leurs coreligionnaires à l'extérieur. Ces prisons, poreuses et connectées aux sociétés environnantes, polarisent ainsi le territoire communautaire des minorités, à l'échelle locale et diasporique.

  • Les universités, institutions autonomes d'enseignement supérieur, sont une des créations les plus originales de la civilisation médiévale occidentale. On ne leur trouve guère d'équivalents ni dans l'Antiquité ni dans les mondes extra-européens. Elles ont joué un rôle capital dans l'élaboration de notre culture savante en même temps que dans la formation des élites politiques qui ont façonné l'État moderne. Elles ont permis la reconnaissance sociale des compétences intellectuelles et la promotion des gens de savoir. Leur contrôle est rapidement devenu un enjeu politique que se sont disputé l'Église et l'État.

  • Le rapport du monde revêt un aspect nouveau dans la philosophie chrétienne du Moyen Âge par rapport à la philosophie antique païenne. Être créé n'a pas le même sens ni la même valeur que simplement être là ; c'est être déjà le résultat d'une intention et d'un projet.
    Selon la détermination épicurienne de l'Antiquité, le monde est un agrégat d'atomes qui rés ulte d'un jeu de forces naturel ; nulle intention d'une quelconque instance divine. Le monde est tout autre quand on le pense à partir de la notion de Création, et le dogme religieux de la Création prend un tour résolument philosophique quand on affronte le problème de la nature du réel. Habiter un monde ne revient pas seulement se trouver face à des choses ; dans le cadre d'une pensée de la Création, c'est aussi s'insérer dans un projet divin, être au contact du sens profond des choses et, pour l'homme, trouver place parmi les créatures dans l'ordre de la Création.

  • La collection "Nouvelle Clio", fondée par Robert Boutruche et Paul Lemerle, est aujourd'hui dirigée par Jean Delumeau, membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France, et Claude Lepelley, professeur à l'Université de Paris X-Nanterre. Les livres de cette collection sont non seulement des manuels d'histoire destinés aux étudiants mais aussi des ouvrages de références pour les universitaires, historiens ou littéraires


  • Saint augustin ne parle pas la langue "grecque", ni celle des philosophes, ni même celle des pères de l'église.
    Il ignore la moderne distinction entre théologie et philosophie, n'entendant en cette dernière que l'amour de la sagesse, donc de dieu et du christ. il n'appartient pas à la métaphysique, du moins entendue en son sens littéral et historique, le seul digne de discussion. et c'est pourquoi sa pensée reste toujours controversée et incertaine, d'autant plus que progresse l'érudition et les interprétations - parce qu'on lui a imposé, consciemment ou non, des lectures métaphysiques qui lui faisaient violence, ou parce qu'au contraire son étrangeté résistait à la métaphysique.
    Il se pourrait donc qu'aujourd'hui il nous précède, nous qui sortons à peine de la métaphysique, lui qui n'y est sans doute jamais entré. il faut donc le lire à partir de ses propres critères et intentions: en l'occurrence à partir de ce qu'il nomme la confessio - parler une parole non pas produite, mais reçue et, une fois écoutée, rendue, afin de ne pas tant parler de dieu, que parler à dieu, soit dans l'aveu des fautes, soit surtout dans la louange (chap.
    Ii. a partir de cet écart originaire à l'intérieur de la parole, il devient possible, inévitable plutôt, d'envisager l'accès à soi et son aporie. car, ici, la certitude d'exister conduit (au contraire du cogito cartésien) à l'inconnaissance de soi. l'habite précisément hors du soi: dans la mémoire (l'immémorial, plus encore que l'inconscient) (chap. ii). ainsi j'habite dans le découvrement non pas théorétique mais érotique de la vérité, qu'il faut aimer pour la connaître (chap.
    Iii). ainsi j'éprouve, au moment d'aimer (ou de haïr) la vérité, l'indisponibilité de ma propre volonté à elle-même et mon exposition incessante à la tentation (chap. iv). l'altérité du soi à soi ne pourra jamais se dépasser, mais elle peut se penser. il faut pour cela identifier l'écart qui fait de je son autre le plus proche, mais le plus définitif. cet écart se déploie dans l'événement du temps lui-même, oú ce que je suis se déploie précisément et inéluctablement dans la distance, la distraction et l'écart l toute la difficulté consiste alors à user cette distance comme d'un élan hors de soi, non comme une dispersion en soi (chap.
    V). l'écart ambivalent de sa temporalité assigne en fait le soi à sa finitude, ou plus exactement à son statut de créature (chap. vi): en tant que tel, l'homme n'a pas d'autre essence ni définition que sa référence à dieu, que son statut d'image renvoyée à la ressemblance de dieu. ce qui prend la place du soi, à savoir ce renvoi même à l'image et ressemblance, ne l'abolit donc pas, mais le reconduit à son lieu unique - à plus que soi, autre que soi, mais plus soi que soi, interior intimo meo.
    A moins que cet excès sur soi, le soi de l'homme ne trouve pas de lieu oú se poser.

  • Ce premier volume est consacré à la période fondatrice, de l'inauguration de la capitale de Constantin sur le site de l'antique Byzance en 330 aux débuts de la conquête arabe au milieu du VIIe siècle qui détermine les limites territoriales réduites de l'empire mésobyzantin.
    Depuis 30 ans les perspectives et données ont été bouleversées par les nombreuses découvertes archéologiques et épigraphiques. Ce volume leur accorde la place nécessaire en particulier pour ce qui concerne l'économie et la vie des provinces.

  • Homme de parole, penseur du Verbe, lecteur patient, saint Augustin ne médite pas seulement les pouvoirs de la voix dans ses écrits sur le langage, mais dans l'ensemble de son oeuvre, inquiète et majestueuse à la fois. Que dit-elle, que montre-t-elle, qu'exerce-t-elle des actes de la parole humaine ? Le décrire est l'objet de ce livre, qui élargit son propos au silence de l'écoute ou de la lecture, comme aux vocalisations sans parole du gémissement ou de la jubilation.
    Depuis l'interrogation et la manducation de la parole jusqu'au témoignage et à la promesse, en passant par la traduction et la confession, le cri et le chant, saint Augustin ne cesse de considérer comment nous répondons au monde, aux autres et à Dieu. Le fil conducteur de cette question traverse et unit tous les domaines de sa pensée, et introduit, dans une lumière neuve, à ses questions majeures.


    Table des matières Avant-propos, Chapitre premier. - Interroger Chapitre II. - Écouter Chapitre III. - Manger, boire Chapitre IV. - Ruminer Chapitre V. - Éructer Chapitre VI. - Traduire Chapitre VII. - Lire Chapitre VIII. - Se taire Chapitre IX. - Enseigner Chapitre X. - Mentir Chapitre XI. - Confesser Chapitre XII. - Témoigner Chapitre XIII. - Chanter Chapitre XIV. - Crier Chapitre XV. - Bénir Chapitre XVI. - Demander Chapitre XVII. - Exaucer Chapitre XVIII. - Promettre Chapitre XIX. - Rappeler Chapitre XX. - Pardonner Chapitre XXI. - Baptiser Chapitre XXII. - Gémir Chapitre XXIII. - Jubiler

  • Au Moyen Âge, " métaphysique " cesse d'être le nom d'une série de livres d'Aristote, pour devenir celui de la science la plus haute, dont cet ouvrage explore les diverses formes. Science théologique, la métaphysique conserve d'abord une dimension d'exercice spirituel. Tournée vers la considération rationnelle de Dieu, elle rivalise avec le kalam musulman comme avec la théologie chrétienne.
    Mais la genèse n'est rien sans une interrogation sur les structures : peut-on ramener le jaillissement infini des métaphysiques du Moyen Âge à une forme d'unité générale ? Ce livre souhaite d'abord faire droit à la " diversité rebelle " des métaphysiques médiévales. Il montre comment se croisent et se diffractent de multiples manières l'ontologie et la théologie. Il les regroupe donc autour de trois structures : entre la multiplicité infinie des positions historiques et l'unité abstraite d'une " essence de la métaphysique ", il aperçoit une diversité médiatrice.
    On y lit que le concept d'" onto-théologie " est trop vaste pour être pertinent, et en filigrane s'y dessinent quelques pistes pour renouveler la question de la métaphysique aujourd'hui.

  • "Au tournant du XIVe siècle, Duns Scot porte à son achèvement la pensée scolastique et esquisse la figure moderne de la métaphysique.
    Il rejette l'analogie appliquée à la question de l'être : à la place des articulations multiples supposées par l'analogie et la théorie de la participation qui la soutient, le concept d'étant, décollé du réel, offre une unité primordiale, qui embrasse Dieu et la créature, la substance et les accidents. Connu naturellement, sans illumination divine, il remplace la créature (Thomas d'Aquin) ou Dieu (Henri de Gand) comme objet premier de l'intellect.
    La théologie des noms divins se transforme ainsi en attribution univoque de concepts formels, distincts les uns des autres en Dieu comme dans la créature, et pourtant fondus dans l'identité infinie de l'essence divine. La multiplicité des sens de l'être et la connaissance de Dieu passent sous l'égide du concept d'étant, neutre, indifférent et commun à toutes choses. Celui-ci permet l'institution d'une métaphysique entendue comme science de l'étant en tant qu'étant : la genèse d'une ontologie" - Olivier Boulnois.

  • La collection "Nouvelle Clio", fondée par Robert Boutruche et Paul Lemerle, est aujourd'hui dirigée par Jean Delumeau, membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France, et Claude Lepelley, professeur à l'Université de Paris X-Nanterre. Les livres de cette collection sont non seulement des manuels d'histoire destinés aux étudiants mais aussi des ouvrages de références pour les universitaires, historiens ou littéraires


  • Entre offensive turque et désunion des Occidentaux, la disparition progressive de l'empire grec successeur de l'empire romain d'Orient, la fragmentation des États voisins des Balkans inspirés par son modèle, jusqu'à la chute de Constantinople et sa transformation en Istanbul, capitale de l'empire ottoman.

  • La Russie actuelle est issue de la Rus', pays qui doit son nom aux Rhôs. Arrivés sur les rives du lac Ladoga vers 730, ces Vikings rassemblent les tribus baltes, slaves et finnoises de l'Europe orientale. Entre 980 et 988, un de leurs princes, Vladimir de Kiev, fonde la dynastie qui règne sur cet espace jusqu'au début du XVIIe siècle et lui donne sa religion, le christianisme orthodoxe. Le " joug mongol " (1237-1480) provoque une série de recompositions, mais l'héritage de la Rus' est revendiqué par les princes de Moscou quand ils constituent une nouvelle puissance, à la fin du XVe siècle. Ivan le Terrible, le premier tsar russe (1547), se voit comme le descendant direct de Vladimir. L'État russe affiche de nouvelles ambitions, traverse des crises et change de dynastie, avec l'avènement des Romanov. Pourtant, jusqu'au règne personnel de Pierre le Grand, il demeure très lié à son passé médiéval.
    Pierre Gonneau est professeur à l'Université Paris-Sorbonne et directeur d'études à l'École pratique des hautes études. Il a publié plusieurs travaux sur la culture russe médiévale, en particulier sur les figures de Serge de Radonège et d'André Roublev.
    Aleksandr Lavrov est professeur à l'Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis. Il a travaillé notamment sur les XVIIe et XVIIIe siècles en Russie, et plus particulièrement sur la régence de la tsarine Sophie, demi-soeur de Pierre le Grand, ainsi que sur les rapports entre religion officielle, religion populaire et pratiques magiques.

  • La collection "Nouvelle Clio", fondée par Robert Boutruche et Paul Lemerle, est aujourd'hui dirigée par Jean Delumeau, membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France, et Claude Lepelley, professeur à l'Université de Paris X-Nanterre. Les livres de cette collection sont non seulement des manuels d'histoire destinés aux étudiants mais aussi des ouvrages de références pour les universitaires, historiens ou littéraires


  • Cité de Dieu, cité des hommes propose de reprendre l'examen de l'émergence en Occident de la question de la « cité » en accordant toute sa place au « Moyen Âge » des années 1200-1500, le plus souvent absent des ouvrages de philosophie politique en quête des origines de la modernité. La société peut-elle être conçue comme une « architecture » après 1200, quand semble s'épuiser la force métonymique du rapport église/Église qui a longtemps permis de concevoir la communauté humaine comme une architecture d'Église ? Si oui, par quels canaux ?
    La notion aristotélicienne de « science de l'architecture » et l'étude du « laboratoire urbain », spécialement le « laboratoire italien » de l'époque communale et de l'humanisme, révèlent une véritable révolution des discours sur le social. Le passage d'une configuration métonymique à l'autre, de l'église/Église à la ville/cité, est ainsi porteur d'un renouvellement des conceptions de la société, d'une Église qui « fait » la communauté des hommes, à une ville qui « fait » la cité « moderne ».

  • " La théologie et la philosophie de l'Histoire naissent surtout pendant les crises de l'histoire des hommes... L'essai de penser I'Histoire d'une façon théologique [s'inscrit dans] la théologie occidentale. " Cette analyse des Collationes in Hexaëmeron, oeuvre majeure de la pensée chrétienne, est une contribution à la compréhension de la théologie de l'Histoire de saint Bonaventure, de son opposition à l'aristotélisme et à Saint Thomas, sans négliger l'enracinement de l'oeuvre dans l'univers spirituel auquel elle appartenait.
    " Ainsi, saint Bonaventure, représentant d'une conception de l'Histoire qui évite la tentation millénariste tout en lui redonnant son dynamisme d'attente, défenseur d'une conception de la révélation qui rend impossible tout fondamentalisme, nous éclaire quant au rapport de l'Europe à ses sources et à ses voisins et nuance l'image du XIIIe siècle. Le livre présente cette figure capitale sous tous ces aspects et en révèle l'actualité inattendue. "

  • Les sciences humaines ont renouvelé l'histoire en posant de nouvelles questions. Le Moyen Age n'a pas échappé à cette interrogation. C'est un domaine où les recherches sur l'histoire des mentalités ont été particulièrement fructueuses parce qu'elles ont donné des comportements et des événements une lecture qui les enracine dans une lente évolution des sensibilités, des aspirations au salut et des croyances religieuses. Il faut prendre en compte l'attitude de ces hommes devant le miracle, le pèlerinage, la prière, la mort ou l'expression artistique, qu'il s'agisse du peuple ou des clercs qui sont les seuls à avoir accès à la culture savante.

  • Un des faits marquants de l'histoire du monde occidental fut que la religion catholique soit devenue, à peine trois siècles après son apparition, la religion de l'Empereur puis la religion dominante. Elle s'enracine dans l'historie du peuple juif et prétend en être l'aboutissement.
    Table des matières Avant-propos Livre premier : Les moyens de la recherche -- Sources et bibliographie Livre II -- Nos connaissances Première partie : Le judaïsme, de l'insurrection macchabéenne à la victoire de l'Eglise Le cadre historique -- Croyances et institutions fondamentales -- Les sectes palestiniennes -- Messianisme et apocalyptique -- Le judaïsme hellénistique -- Israël et les nations Deuxième partie : Le christianisme des origines à Constantin Jésus et la naissance du christianisme -- Saint Paul et l'universalisme chrétien -- L'expansion chrétienne -- Christianisme et tradition classique -- Le christianisme et l'Empire jusqu'en 313 -- L'essor doctrinal du christianisme -- Les institutions ecclésiastiques -- Le culte et la vie religieuse -- Le triomphe de l'Eglise Livre III -- Problèmes et directions de recherche Palestine et diaspora -- Israël et les Gentils -- La critique néo-testamentaire -- Eléments juifs et éléments grecs dans le christianisme primitif -- Le judéo-christianisme -- Les origines du gnosticisme -- Orthodoxie et hérésie dns le christianisme des premiers siècles -- La "conversion" de Constantin Conclusion -- Index

  • Ce livre propose une lecture philosophique de quelques textes patristiques du
    dernier tiers du IVe siècle qui sont tous des textes fondateurs de la
    philosophie byzantine et médiévale latine. Cette lecture cherche réponse à
    trois questions qui tournent autour de la notion d'image sous le vocable grec
    d'eikôn : comment le langage détermine la visibilité des choses en dégageant de
    leur aspect visuel à la fois la signification et la ressemblance comme reflet
    de la présence d'un modèle ; comment se détermine le caractère qui lie la
    notion d'individu existant à la notion de personne, principale invention
    philosophique de l'antiquité tardive, et conséquemment comment le caractère est
    saisi en tant que lien entre l'existence et l'expression ; comme arrive-t-on à
    /> l'idée que la transcendance se révèle comme visage, visibilité absolue, et se
    donne à voir dans le visage d'autrui, idée lévinasienne dont on trouve les
    antécédents dans les sources de la pensée byzantine. Anca Vasiliu est directeur
    de recherche au CNRS (Centre Léon-Robin sur la pensée antique, Paris-Sorbonne).

  • Fondée en 1953 par Jean Hyppolite, la collection "Epiméthée" a été reprise en 1981, par Jean-Luc Marion, Professeur à l'Université de Paris IV-Sorbonne. Cette collection repose sur trois orientations : la traduction des grands textes de la tradition ; la phénoménologie, entendue comme tradition créatrice de la philosophie ; et enfin l'histoire de la philosophie.

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