Gallimard

  • Anselme de Cantorbéry : «Je tendais vers Dieu et je suis tombé sur moi-même!» En propageant par l'écrit différents exercices - lecture, méditation, prière, contemplation -, des clercs ont inventé la spiritualité comme un art de l'intériorité, une manière de reconnaître la présence d'une transcendance dans l'intimité humaine. À la fin du XIe siècle, la spiritualité est à l'origine d'un genre littéraire, la «méditation». Au XIIe, siècle de l'éveil de la conscience et de l'intériorisation, elle devient une technique spirituelle. Du XIIIe au XVe, c'est une tradition proposée au plus grand nombre ; les textes spirituels atteignent des laïcs, hommes et femmes.
    Inséparable de l'essor d'une civilisation du livre, le développement de la spiritualité fait du texte le moyen privilégié pour comprendre le monde extérieur et se déchiffrer soi-même. Depuis les méditations fondatrices d'Anselme (XIe s.) jusqu'à la simplicité de l'Imitation du Christ (XVe s.) en passant par l'incendie d'amour de Bonaventure (XIIIe s.), sont ici réunis les écrits les plus diffusés au Moyen Âge. Même s'ils ne relèvent pas de la mystique entendue comme une science de l'âme constituée en discours autonome (qui sera la mystique de l'âge moderne), ils peuvent être à bon droit qualifiés de mystiques.
    Quant à leurs auteurs, ils ont en partage la prose d'art latine et une sensibilité littéraire. Pour eux, écrire est en soi un exercice spirituel. Aussi leur prose se lit-elle souvent comme de la poésie. Qu'en faire aujourd'hui? Entre une lecture dans la foi et celle du «développement personnel» (qui est une spiritualité sans Dieu), libre à chacun de mesurer la distance qui nous sépare de ces oeuvres, de reconnaître la proximité qu'elles entretiennent avec notre culture, et de se poser les questions qu'elles soulèvent et qui sont toujours les nôtres.

  • La Légende dorée fut l'ouvrage le plus lu et le plus diffusé au Moyen Âge, juste après la Bible (on en connaît 1000 exemplaires manuscrits conservés, contre 150 exemplaires seulement pour le fameux Livre du Graal). L'ouvrage doit d'ailleurs son titre actuel à son succès, les tranches dorées étant précisément réservées aux livres les plus importants de l'époque.
    Découpée en 178 chapitres, cette « légende des saints » (son titre originel) constitue en fait une encyclopédie de la vie chrétienne - le terme « légende » devant être compris comme « ce qui doit être lu » (par les prédicateurs, dans les écoles ou pendant les repas dans les monastères). Néanmoins, le merveilleux s'y fait très présent, selon la tradition des apocryphes chrétiens, friands de fantastique et de miraculeux. Outre les vies des saints (le sanctoral), l'ouvrage s'attache à expliciter le sens des grandes fêtes chrétiennes (le temporal).
    Cette édition de la Pléiade constitue la première traduction intégrale en français, à partir d'un manuscrit latin authentique et complet. Elle est illustrée de plus de 150 bois gravés tirés d'éditions des XVe et XVIe siècles, et complétée par un index des noms et un index des notions.

  • Voici l'étude d'une figure historique de la mysthique chrétienne.
    Figure passante organisée autour des rapports entre un sujet parlant, une parole et une institution, quand se déchire le monde des certitudes médiévales, que la foi se fait combat et quesion, que l'ordre traditionnel tombe en ruine et que s'ouvrent mille autres lieux pour restaurer la communication spirituelle. brûlé par l'amour d'un autre, le sujet (souvent féminin) dit son désir d'une impossible rencontre, à travers les surprises et les violences d'un récit d'extases, de grâces et de blessures.
    La manière de dire lui importe davantage que le dit, et sa parole se fait musique, poème, dialogue et fable. associés aux images troublantes du fou, de l'idiot, de l'enfant, de la femme ou de l'errant, les mystiques se réfèrent et se dérobent au pouvoir de l'institution ecclésiale, emportés d'un mouvement qui est transport, passion, mais aussi vie commune de la foi.

  • La Fable mystique, I a paru en 1982. L'auteur travaillait au second volume quand il est mort, en 1987. Pour faire aboutir le projet de Michel de Certeau, son exécutrice testamentaire, Luce Giard, a dû modifier le plan initialement prévu et combler les vides par des articles déjà parus.Le livre comme l'auteur sont devenus des classiques. Il leur revient d'avoir fait apparaître un continent de culture qui, aux XVIe et XVIIe siècles, couvre une expérience individuelle et une expression littéraire au carrefour du religieux, de l'extra-rationnel, de l'extase, de l'amour et de la folie.
    Michel de Certeau explore ce continent dans une double dimension : historique, avec les conditions d'apparition et de développement du phénomène, et expressive, avec la manière dont s'exprime le discours mystique, qui, comme celui de la folie, exprime autre chose que ce qu'il dit.
    L'auteur fait revivre là, dans toute la complexité de leur personnalité, la série des grands mystiques qu'il a beaucoup fréquentés : saint Jean de la Croix, Nicolas de Cues, Pascal. On retrouve dans ces évocations tout son sens de la spiritualité, ses intuitions analytiques et son impeccable érudition.

  • Devant le trésor de saint-denis ou les vitraux de chartres, les fresques de giotto ou les palais florentins, qui ne s'est interrogé sur les conditions sociales et les représentations mentales qui ont environné et inspiré le geste de leurs créateurs ? cette vaste sociologie de la création artistique, chef d'oeuvre d'un grand historien doublé d'un écrivain, replace l'ensemble des hautes productions de l'occident médiéval dans le mouvement général de la civilisation.
    Elle offre des clés pour pénétrer cet univers de formes complexe et fascinant.
    Georges duby montre donc comment, au xie siècle, ce que nous avons appelé la féodalité transféra des mains des rois à celles des moines le gouvernement de la production artistique : comment, cent ans plus tard, la renaissance urbaine établit la cathédrâle au foyer des innovations majeures : comment, au xvie siècle, l'initiative du grand art revint aux princes et s'ouvrit aux valeurs profanes.
    Le temps des cathédrales est ainsi encadré, entre celui des monastères et celui des palais.
    L'influence de cet essai n'a cessé d'être déterminante aux avant-postes de la recherche historique. aurpès du grand public, son succès est considérable. et l'on sait que s'en inspira une longue série d'admirables images que la télévision continue de diffuser dans le monde entier.

  • Judéo-christianisme : l'expression, utilisée à tout propos, a-t-elle encore un sens ? Le phénomène " judéo-chrétien " de coexistence de cultures religieuses se manifesta deux fois : au début, avec les juifs convertis au christianisme qui continuaient à observer leurs rites et plaçaient leurs croyances dans le contexte exclusif de l'Ancien Testament ; puis aux VIe et VIIe siècles, quand le pouvoir civil, au nom de la religion d'Etat, força les juifs à se convertir au christianisme. Si, au commencement, Jésus étant juif et les apôtres aussi, le christianisme fut redevable des convictions du judaïsme du premier siècle de notre ère, toute son histoire depuis lors est celle de son détachement comme un fruit de la branche qui le portait. Sa volonté de se distinguer du judaïsme prend deux voies : avec l'allégorie, il s'approprie le livre du judaïsme, l'Ancien Testament, en le considérant le précurseur et la justification du Nouveau ; avec la formulation dogmatique, l'Eglise présente à l'éventuel fidèle une série de croyances qu'il devra accepter, lui proposant d'emblée la " conversion " à un nouvel ordre de réalités. Judaïsme et christianisme ne constituent pas un tout parce que les deux religions sont extérieures l'une à l'autre même si celle-ci suit de près celle-là ; elles se côtoient, ne se confondent pas. Voilà qui vide de contenu toute forme religieuse d'antisémitisme, puisqu'on ne saurait, au nom d'un tronc commun " judéo-chrétien ", accuser les juifs de nier l'envergure religieuse et culturelle du message chrétien, tant les deux religions sont organiquement différentes l'une de l'autre.

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  • Peter Brown, savant anglais émigré de Oxford à Princeton via Berkeley, est l'historien à qui l'on doit la revitalisation érudite et sensible des premiers siècles de notre ère, ces cinq cents ans trop souvent traités comme une décadence par les spécialistes de l'Antiquité et comme un creux par les historiens du Moyen Âge.
    Il a montré, en particulier dans Genèse de l'Antiquité tardive, qu'il y avait là, tant du point de vue mental que social, une époque en soi puissamment originale et féconde. Le sujet de ce grand livre, très proche de celui que Michel Foucault terminait au moment de sa mort et jusqu'à ce jour impublié, n'est rien moins que la formation de la morale sexuelle aux premiers temps du christianisme, telle que l'ont codifiée les pères de l'Église et les premiers conciles, telle que l'a vécue le monde latin dominé par la pensée de saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin.
    Telle qu'en a hérité, jusqu'à nous, l'Occident chrétien. Peter Brown traite donc de la spiritualité du corps et des moeurs sexuelles, de l'abstinence, du célibat, de la virginité, de la conjugalité. Et à travers les controverses qu'a suscitées le renoncement à la chair ou sa domination, ce sont les notions même de l'individu, de la famille et, en définitive, de tout le rapport au monde et à la société qu'il est amené à définir.
    Il le fait dans un esprit et avec une méthode qui n'ont rien de dogmatique ni de spiritualiste, ni de traditionnel, mais qui portent la marque d'un grand historien du social et du religieux.

  • Peut-on, en bonne théologie, représenter le Christ, à la fois homme et Dieu ? Où doit s'arrêter le culte rendu aux « saintes images » ? Comment l'homme, « créé à l'image de Dieu », s'intègre-t-il dans cette vision hiérarchisée du visible et de l'invisible ? À ces questions fondamentales, qui furent au coeur de la crise iconoclaste des VIIIe-IXe siècles et de l'art byzantin, les réponses ne sont pas, ou pas seulement, religieuses. Elles sont à chercher dans la philosophie de la représentation de l'Antiquité finissante, dans les rapports entre un certain type de portraits peints et les mots codés de la description physique, dans une « réception » qui fait d'une image schématique le support de visions et de rêves, dans le passage de l'historique à l'imaginaire.
    Reprenant et complétant la matière de plusieurs études qui se sont échelonnées sur plus de vingt-cinq ans, Gilbert Dagron cherche aussi à montrer la part d'iconoclasme qui subsiste dans le portrait iconique après que les théologiens eurent célébré le « triomphe des images », et les raisons qui poussèrent quelques grands initiateurs de la peinture moderne (Kandinsky, Matisse) à se réclamer de l'icône byzantine. Il prend appui sur une iconographie choisie - mosaïques et peintures, monnaies, manuscrits illustrés -, autant de témoins d'une riche culture qui fut et reste l'un des modèles de l'esthétique européenne.

  • Loin des vacarmes et des contraintes imposés par les sociétés contemporaines, le moine reste une énigme. Exilé, pénitent, imprécateur, prophète, il témoigne d'autres réalités que celle du visible. Toutes les cultures lui ont fait place et, peut-être plus qu'ailleurs, celles de l'Europe médiévale. La règle bénédictine établie au VIe siècle par Benoît de Nursie est sans doute à l'origine de la réussite exceptionnelle des moines d'Occident. Dès le IXe siècle, ils conquièrent les plus hautes charges : conseillers des princes, administrateurs, financiers, seigneurs de vastes domaines, historiens officiels, chevaliers ; les moines interviennent bientôt dans tous les cadres de la vie religieuse, politique et sociale.
    Aux XIe et XIIe siècles, les moines d'Occident sont au faîte de leur puissance : c'est le temps du triomphe des abbayes de Cluny et de Cîteaux qui essaiment dans toute l'Europe, imposant leurs modèles d'organisation, leurs usages liturgiques et leur esthétique.
    Spécialiste du Moyen Âge, Guy Lobrichon retrace l'histoire de ces moines d'Occident qui ont fait l'éternité de l'Europe.

  • Le traité sur l'âme de tertullien, l'un des textes fondateurs de l'anthropologie chrétienne, n'a jamais été traduit en français.

    En 1948, pierre klossowski en isola quelques chapitres consacrés au motif essentiel du sommeil et de la mort, c'est-à-dire du lien entre l'âme et le corps ; c'est cette traduction, rendu magistrale d'un style virtuose qu'admirait huysmans, que l'on propose ici.
    Le traité de tertullien se veut avant tout réfutation des théories sur le sujet. c'est étrangement par fidélité à la bible qu'il adopte la théorie stoïcienne suivant laquelle l'âme est un " corps " car si l'âme créée par le souffle divin est immortelle du fait de son origine, elle est, en tant cette fois que créature, limitée, sensible et passible.

    Le sommeil, le songe, la mort marquent précisément les frontières où se joue cette union, les moments ou l'immatériel se détache du corps pour rejoindre les limites de l'inouï ; et l'on reconnaîtra incidemment dans ces thèmes quelques-uns des motifs essentiels du futur auteur du baphomet et du souffleur.
    La traduction de pierre klossowski est précédée d'une présentation de jean-françois cottier, situant le contexte et les sources de l'oeuvre de tertullien.

  • Issue de la spiritualité grecque tardive, la mystique occidentale traverse le christianisme à partir du Ve siècle, en adoptant des formes diverses. Elle va connaître les soubresauts propres à toute aventure spirituelle passionnée : des floraisons extraordinaires, des éclipses noires, des temps d'apaisement. À ces périodes appartiennent les grands actes d'un Moyen Âge d'inspiration intellectuelle à la suite du Pseudo-Denys, souffrant et affectif avec Bernard de Clairvaux, de nouveau plus spéculatif au XIVe siècle sous l'impulsion dominicaine. Le XVIe siècle portera la mystique à sa quintessence, à travers les hautes figures de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix. Jean-Pierre Jossua suit à la trace le parcours de l'expérience unitive, interrogeant l'histoire avec exigence et lucidité, poussant jusqu'en ses derniers retranchements la question suprême : seul avec Dieu ?

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  • Presque toute l'histoire de Constantinople se résume et se concentre dans son hippodrome, le plus romain de ses édifices : d'abord un monument de la vie citadine parmi d'autres, aux IVe siècle, il devient, aux Ve-VIe siècles et jusqu'à la prise de la ville par les croisés en 1204, la matrice d'une culture authentiquement populaire et un pôle de la vie politique.
    C'est moins à cette longue histoire et à ses prolongements légendaires qu'à la dynamique et la symbolique des jeux que s'intéresse ici Gilbert Dagron. Dépourvues en elles-mêmes de contenu social mais servant à l'expression d'affrontements de tous ordres, les courses donnent lieu à une étonnante confrontation entre un pouvoir célébré dans sa toute-puissance et un peuple porteur de légitimité. La rivalité des "rouleurs", les Bleus et les Verts, dans l'hippodrome et parfois en dehors, se charge en effet de sens multiples, à la fois politiques, sociaux et religieux.
    Si les courses, déjà "laïcisées" à Rome même, sont condamnées par l'Eglise comme "païennes", c'est parce qu'on y redécouvre de vieux rituels sous-jacents et qu'elles exaltent, dans la Nouvelle Rome chrétienne, une religion de l'Empereur chrétien qui n'est pas tout à fait celle des clercs. Mais derrière l'indignation des chrétiens les plus ardents, il faut lire une fascination qui leur fait voir toutes sortes d'analogies et d'oppositions entre l'hippodrome et l'église, entre les courses et la liturgie.

  • Faire du changement de la religiosité l'essentiel de la transformation du monde antique, de marc aurèle à constantin, en rompant avec les traditions de l'histoire politique, de l'histoire sociale comme de l'histoire sainte, c'est la gageure que tient brillamment peter brown.
    Elle suppose de renoncer à cette " rhétorique du changement " qui se contentait de réduire les traits les plus frappants de la civilisation, du iie au ive siècle, aux symptômes d'un effondrement prétendu, lié au thème canonique du " déclin et de la chute de l'empire romain ".

    " une fois la décadence abandonnée aux remâcheurs de délectation morose, comme dit paul veyne dans sa présentation, apparaît le vrai problème, qui n'a plus rien à voir avec la chute de rome : les innovations, les mutations et la créativité du monde romain pendant l'antiquité tardive, les nouvelles structures mentales, sociales et religieuses.
    C'est de cela que parle peter brown. " et qui suppose, à son tour, un nouveau style d'histoire.

  • Sommaire : Prolégomènes à une Histoire des religions - Les religions antiques - La formation des religions universelles et les religions de salut en Inde et en Extrême-Orient

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