Belles Lettres

  • Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu'unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (l'Artémis grecque et la Diane romaine, l'Égyptienne Isis et la Grecque Déméter), ou même d'accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l'ouverture a fait que le monde antique, même s'il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a, au contraire, ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire. Serait-il possible aujourd'hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions? Si l'on part du principe que les dieux sont nombreux, il n'est plus nécessaire d'affirmer que ceux des autres sont de faux dieux ou des démons... On peut dès lors se demander si l'adoption de certains cadres mentaux propres au polythéisme ne contribuerait pas à réduire, au sein de nos sociétés, le taux de conflictualité entre les diverses religions monothéistes et entre leurs subdivisions internes.

  • Au IVe siècle, le monachisme fait une timide apparition en Occident, à la faveur des récits de pèlerins et d'évêques orientaux réfugiés en Europe. Quelques siècles plus tard, il occupe une place incontournable dans la société médiévale. L'ouvrage de C. H. Lawrence raconte le prodigieux essor de ce mouvement, ainsi que les nombreuses formes de vie religieuse auxquelles il a donné naissance.
    Le moine, selon la célèbre Règle établie par saint Benoît au VIe siècle, partage sa journée entre la prière, le travail et l'étude. Mais la nécessité de gérer des monastères au patrimoine et aux revenus toujours plus importants, de répondre aux sollicitations des pouvoirs temporel et ecclésiastique, d'accorder une place aux femmes dans les maisons religieuses, ou encore de faire face à l'apparition de l'université obligèrent parfois les religieux à déroger aux exigences premières de la vie monastique. Au cours du Moyen Âge, de l'Irlande à l'Italie, les hommes et les femmes vouant leur vie au service de Dieu apportèrent de multiples réponses aux défis posés par ces évolutions. Ces réponses donnèrent naissance à autant de mouvements religieux (Cluny, Cîteaux, Grandmont, Sempringham... ; chanoines, templiers, frères prêcheurs...) dont C. H. Lawrence dresse un portrait saisissant de force et de vitalité.

  • Les étapes de la vie domestique cadencent cet ouvrage. Chiara Frugoni y accorde une place de choix aux enfants et aux femmes, levant bien des mystères sur leurs occupations, leurs joies et leurs peines. Quels objets peuplaient leur quotidien ?
    Quelle place était accordée à l'éducation, à l'élévation ?
    Le premier chapitre du livre s'ouvre à la faveur d'un lit. Le sommeil et ses usages - les somnambules rodent - ne sont pas les seules fonctions qui lui sont accordées. Symbole de prestige et d'autorité, il sert aussi bien pour l'étude que pour le loisir.
    Point de repos pendant la grossesse ;
    L'accouchement, dans la douleur, met la femme à rude épreuve. La maternité s'acquiert au prix de nuits trop courtes et en vertu d'une tendre patience.
    Après la naissance, il faut assurer la survie du nouveau-né. Ses premiers pas sont hérissés de nombreux obstacles : chiens errants, enlèvement, maladies, abandons, exposent les parents à une perte brutale.
    Par la suite, l'éducation de l'enfant, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, nous renseignent sur les méthodes pédagogiques alors employées, néanmoins réservées à une certaine élite sociale. Le travail des enfants demeure épandu, les petits serviteurs circulant dans les logis avec une grâce timide et maladroite.

  • Qui étaient les gnostiques ? Et comment le mouvement gnostique a-t-il influencé le développement du christianisme dans l'Antiquité ? L'Église at- elle rejeté le gnosticisme ? La somme de David Brakke présente une définition inégalée en France sur les gnostiques.
    Ce livre offre une incursion éclairante dans les débats les plus récents à propos du « gnosticisme » et de la diversité du premier christianisme. En reconnaissant que la catégorie « gnostique » est imparfaite et doit être reconsidérée, David Brakke plaide pour un rassemblement plus prudent des preuves sur le premier christianisme, connu comme école de pensée gnostique. Il met ainsi en évidence la manière dont le mythe et les rituels gnostiques se sont adressés à des questionnements humains élémentaires (notamment à propos de l'aliénation et du sens), répandant le message d'un Christ sauveur et permettant aux hommes de regagner leur connaissance de Dieu en tant que source ultime de l'être. Plutôt que de dépeindre les gnostiques comme des hérétiques ou comme les grands perdants de la lutte pour la définition du Christianisme, David Brakke soutient la thèse d'une réelle participation des gnostiques dans la réinvention en cours de la religion monothéiste. Si les autres chrétiens ont pu rejeter les idées gnostiques, ils les ont aussi et surtout adaptés et transformés.

  • Les boutons, les binocles, la boussole, l'arbre généalogique, la poudre, à canon ou d'artifice, les cartes, à jouer ou géographique, le Père Noël ou l'université : la vie d'aujourd'hui est faite d'inventions médiévales.
    S'agit-il de s'habiller ? Il faut du goût, mais aussi une culotte, des pantalons, et quelques boutons pour fermer le tout !
    D'organiser son agenda ? Sans les chiffres arabes et le papier cela serait bien compliqué. S'agit-il de manger ? Sans spaghetti, sans macaroni, sans blé moulu tout court, nos repas seraient tristes. et sales car dépourvus de fourchette. Bref, sans les mille et une découvertes de ces siècles curieusement qualifiés d'obscurs, notre quotidien serait digne du Purgatoire, ou plutôt de l'Enfer, car le Purgatoire est lui aussi né au Moyen Age, de même que le Carnaval.
    Dans ces pages au style alerte et à la documentation précise, Chiara Frugoni fait revivre sous un angle inédit la période médiévale.

  • Moyen Âge, la richesse se révèle un fil conducteur hautement significatif. L'ouvrage dresse un panorama fouillé et contrasté des attitudes des païens et des chrétiens à l'égard de la richesse pour en préciser l'impact sur la position sociale des églises chrétiennes dans l'Occident latin à l'époque du déclin de Rome et de la montée du christianisme (entre 350 et 550). Peter Brown aborde la question par périodes successives en croisant les sources les plus diverses (littéraires, juridiques, théologiques, archéologiques, épigraphiques...) Le christianisme, avec son exigeant idéal de pauvreté, apparut dans une société païenne qui connaissait une très forte compétition entre les riches pour manifester ostentatoirement leur générosité envers leur cité et leurs concitoyens (notamment en cas de crise céréalière), mais pas spécialement envers les pauvres. La largesse et la noblesse des riches justifiaient leur richesse. Le christianisme bouleversa profondément cette conception. Les privilèges que Constantin octroya aux églises chrétiennes, après sa conversion, ne leur permirent pas de s'enrichir. Longtemps, les lieux de culte et le souci des pauvres continuèrent à dépendre de la générosité des couches assez basses de la société. Dans le dernier quart du IVe siècle, des riches accédèrent à de hautes positions en tant qu'évêques ou écrivains influents, ce qui constitua un tournant décisif dans le christianisme de l'Europe et permit ainsi à cette nouvelle religion d'envisager la possibilité de son universalité. Les formes chrétiennes du don eurent pour effet de briser les frontières traditionnelles de la cité antique. Tous les croyants, quelle que fût leur condition, furent encouragés à contribuer à l'entretien de l'Église et de son clergé ainsi qu'au soin des pauvres, dont la notion s'étendit désormais à tous les démunis. Renoncer à sa richesse sur terre, c'était participer à l'instauration d'une société de « frères » et permettait de se constituer un trésor dans le ciel. À la fin du IVe siècle, l'entrée dans les communautés chrétiennes habituées à un style modeste de charité, d'une nouvelle classe d'hommes enrichis au service de l'empire ne se fit pas en douceur.
    Les écrits et les actions d'hommes tels qu'Ambroise, Jérôme, Augustin, Paulin de Nole ou les partisans de Pélage (favorables à un ascétisme rigoureux) sont les preuves des fortes controverses qui traversèrent les Églises chrétiennes au sujet du bon ou du mauvais usage des richesses. Lorsque les aristocraties au service de l'empire s'effondrèrent avec lui, elles laissèrent place aux évêques administrateurs de la fin du Ve et du VIe siècles avec une Église disposant d'abondantes richesses dans un monde appauvri et fragmenté. Dans ce paysage, les moines apparurent comme des pauvres professionnels intercédant pour que les riches dont ils attirèrent les richesses pussent passer à travers le trou de l'aiguille.
    Cette nouvelle forme de l'échange de la richesse contre le salut ouvre déjà vers la chrétienté médiévale.

  • Les visages du Moyen Âge n'expriment pas les sentiments ni les mouvements intérieurs de l'âme ; ce sont les corps qui parlent.
    À sa manière de s'asseoir, selon qu'il se tient les jambes ou s'exprime avec les mains, le condamné nous dit son orgueil ; Ponce Pilate trahit ses doutes ; le pécheur montre qu'il refuse la tentation du démon ; Marie révèle la douleur qui l'accable à la vue de son fils crucifié. Et le célèbre geste des trois doigts levés ne sert pas qu'à bénir : il signifie aussi qu'on détient le pouvoir.
    Chiara Frugoni propose un merveilleux voyage à qui veut comprendre le langage des images médiévales. Grâce à ce guide idéal, les sculptures, les mosaïques et les retables redeviennent ce qu'ils étaient à l'origine : des histoires de rencontres, d'émotions et de sentiments.

  • Byzance

    Michel Kaplan

    Continuateur de l'Empire romain depuis la fondation de Constantinople en 330 jusqu'à sa chute en 1453, l'Empire byzantin fut la première puissance de la chrétienté dont la religion orthodoxe est l'héritière directe. Établi en Asie comme en Europe, il a tissé un lien fort entre ces deux continents. Son héritage artistique fabuleux et son rôle décisif dans la transmission des textes de l'Antiquité grecque ont assuré la gloire d'une civilisation qui a su enrichir son respect des traditions d'une fascinante audace créatrice.

  • S'inspirant de deux articles d'Arsenio Frugoni, son père, Chiara Frugoni reconstitue dans ce livre une journée quelconque dans une ville au Moyen Âge. À l'aide de documents précis, fruits d'une prodigieuse érudition, mais surtout d'une iconographie somptueuse, l'historienne raconte par le menu, plutôt qu'elle ne les expose, les différents aspects de la vie urbaine médiévale: de l'artisanat aux superstitions, de la délinquance à la vie en communauté, en passant par toutes les questions que les hommes se posent encore aujourd'hui face à l'au-delà ou, plus prosaïquement, à l'emploi du temps. À la différence d'un documentaire historique, le récit de cette remarquable conteuse nous invite à remonter le temps comme si nous partions en voyage. Le style souple, élégant et d'une très grande précision lexicale de Chiara Frugoni participe au plaisir de la lecture, non moins que l'analyse rigoureuse des fresques et des miniatures qui illustrent son propos. Elle ressuscite un monde disparu tout en démystifiant nombre des stéréotypes qui l'histoire officielle a imposés au fil du temps.

  • Le IVe siècle fut, dans l'histoire du christianisme, une période aussi décisive que trouble : hérésies, sectes et schismes se multiplient, tandis que le paganisme brille de ses derniers feux.
    Dans ce contexte de guerre idéologique, l'école est un lieu essentiel et reste cependant l'un des bastions du paganisme. Que faire de l'héritage légué par la littérature païenne ? Telle est la question posée aux écrivains et formateurs chrétiens. Dans ce bref discours, peut-être écrit pour ses neveux, Basile de Césarée propose un florilège de textes profanes, destinés aux jeunes chrétiens, ainsi que la manière dont ils doivent être interprétés.
    Ces lignes révèlent, derrière la ferveur religieuse, celle, littéraire, de l'évêque, pour les lettres latines et surtout grecques.

  • L'originalité de cet ouvrage tient en trois caractères :
    - le texte des actes du procès de Rouen est intégral, vérifié aux meilleures sources, complété quand c'est nécessaire par les dépositions du procès d'annulation ;
    - l'auteur conduit le lecteur dans la salle d'audience et, fort de son expérience d'avocat de causes criminelles et politiques, lui explique le déroulement de l'affaire, la stratégie des juges et celle de Jeanne ;
    - au fil du déroulement des séances du procès, le lecteur fait vraiment connaissance avec Jeanne. L'accusée lui apparait dans toute sa vivacité, son charme, son audace et aussi, ses faiblesses ; la beauté de la langue qu'elle emploie, la précision de sa mémoire et la profondeur, théologique, voire mystique, de ses réponses la font vivre aujourd'hui aussi présente qu'il y a presque six cents ans.
    Dans un « envoi » en forme de conclusion, l'ouvrage dessine les traits intemporels de Jeanne, aussi actuels aujourd'hui qu'en son temps.
    Les questions que ses juges lui posent sont celles que son histoire nous inspire encore. Jour après jour, Jeanne se fait plus présente à nous et, dégagée de toutes les controverses, caricatures ou raideurs hagiographiques, elle vient à notre rencontre, encore plus jeune et plus entrainante que nous l'imaginions.
    Sainte-Beuve disait que toute famille française devait avoir dans sa bibliothèque la Bible et Les fables de La Fontaine. Il faut y ajouter, comme livre indispensable à la compréhension de notre histoire et de notre être, le procès de Jeanne d'Arc.

  • Avec cet ouvrage, Grégoire de Tours s'est fixé pour tâche de rapporter tout ce qu'il a pu apprendre au sujet des saints ayant, dans toutes les régions du monde, versé leur sang pour le nom du Christ. Pour ce faire, il a consulté de nombreux écrits et sollicité de multiples témoignages oraux, afin de constituer ce recueil de miracles opérés par les martyrs à leur tombeau aussi bien que dans les divers sanctuaires où étaient déposées leurs reliques. Dans ces récits, dont, en sa qualité de pasteur, il entend tirer un enseignement salutaire pour les fidèles, il se révèle un conteur habile à éveiller et à retenir l'intérêt de ses lecteurs : suscitant, tantôt la compassion pour les malades guéris par les « saints médecins », tantôt l'effroi devant les terribles châtiments infligés aux criminels endurcis, il sait à l'occasion, allégeant son propos, piquer la curiosité pour les pays lointains et leurs productions exotiques ou divertir par quelque anecdote piquante. Ainsi que le révèlent les divers épisodes mis en scène, pour l'évêque de Tours et ses contemporains, les martyrs sont partout présents : dans les préoccupations de l'existence quotidienne, dans les actes de la vie sociale et dans l'espérance d'une éternité bienheureuse.

  • Le christianisme a-t-il été une menace pour la culture gréco-romaine ? Au-delà de ce questionnement, ce livre engage une réflexion sur le rapport du christianisme naissant avec l'idée même de culture, telle qu'elle existait avant le christianisme et telle qu'elle s'est modifiée par la suite. En passant en revue chacune des disciplines du septénaire constituant les arts libéraux, c'est-à-dire le socle culturel de tout lettré que les Grecs nomment egkuklios paidéia (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ce livre montre que, si la culture grecque suscite des oppositions - elle apparaît souvent comme l'expression du polythéisme ou des prétentions des Grecs à atteindre le savoir sans Dieu -, elle peut aussi être défendue par les chrétiens en tant qu'elle forme l'esprit et le rend capable de comprendre les données de la foi. Les auteurs patristiques reprennent ainsi à leur compte une conception ancillaire de la culture qui avait déjà cours dans certains courants philosophiques grecs, mais qui suppose un tri : la culture peut servir d'introduction à la foi, à condition qu'on n'en prenne que ce qui est bon.
    Mais au-delà de cette réflexion qui vise à déterminer ce qui, de la culture, doit être sauvé ou rejeté, les auteurs chrétiens tendent à présenter la doctrine chrétienne comme une culture à part entière, et dissocient pour la première fois dans l'histoire la notion de culture de celle d'hellénisme. Paradoxalement peut-être, ils donnent ainsi corps à une idée de culture globale dont christianisme et hellénisme n'apparaissent en définitive que comme deux composantes possibles. La réflexion des auteurs chrétiens aboutit donc à la fois à une relativisation du concept de culture - passage de la culture, forcément grecque, aux cultures, la grecque et les barbares - et à son extension - passage de telle ou telle culture à la culture en général : devient « culture » tout ce qui contribue à nourrir l'esprit, qu'il soit grec ou non. Le christianisme, à l'issue de cette étude, n'apparaît plus tant comme un obstacle à la transmission de l'idéal grec et romain de culture que comme un vecteur essentiel dans la façon dont la notion de culture s'est frayée un chemin jusque dans la Modernité.

  • Quels étaient les sentiments des évêques des premiers siècles de l'église quand il s'agissait de voter sur la définition de dieu et sur la vraie foi ? quel était leur comportement lorsqu'ils ne s'accordaient pas sur ces questions ? il leur arrivait souvent de crier, de s'agiter, de recourir à la violence pour régler leurs désaccords.
    Sortant des sentiers battus, ramsay macmullen étudie minutieusement comment les premières doctrines devinrent la doctrine officielle de l'église. à partir d'un grand nombre de comptes rendus sténographiques, il analyse les conciles oecuméniques depuis nicée jusqu'à constantinople ii, où les participants entérinèrent des choix doctrinaux par un vote majoritaire. l'auteur enquête sur la violence verbale aussi bien que physique, avec effusion de sang, qui était la toile de fond des conciles.
    Il se penche ensuite sur la préparation et le cadre des conciles, le rôle de l'empereur, le déroulement des débats, la manière dont les participants appréhendaient les problèmes, leurs opinions sur l'intervention de dieu dans leurs affaires. en conclusion, l'auteur examine l'importance des conciles et de leurs décisions dans l'histoire du christianisme.

  • La disparition du paganisme dans l'Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien.
    Lors de sa parution voici dix-huit ans, Chronique des derniers païens fut salué à la fois par la critique universitaire la plus prestigieuse - Pierre Vidal-Naquet, Pierre Chaunu, Paul Veyne, Michel Tardieu -, et par un large public qui en fit un des livres les plus lus de sa catégorie. L'auteur avait en effet fait le choix de raconter le triomphe du christianisme dans l'Empire romain en se plaçant du côté des vaincus, les "païens", sans complaisance à leur égard et sans dénigrement des vainqueurs.
    La première partie, la « Chronique » proprement dite, déroule la fresque narrative des mesures successives de mise à l'écart, puis de proscription des cultes polythéistes. La seconde partie, "Portrait", fait revivre ces ultimes croyances et pratiques de l'Antiquité classique et souligne la proximité des mentalités, parfois très grande, entre païens et chrétiens. Pour finir, des exemples saisissants d'intégration de rituels, d'objets et de fêtes polythéistes dans les fêtes chrétiennes montrent comment une part d'héritage s'est transmise.
    La solidité de l'information et l'agrément d'un style toujours clair et vivant font que ce livre n'a pas pris de rides. L'auteur a tenu néanmoins à faire suivre cette réédition d'une postface qui situe l'ouvrage dans le courant de la recherche contemporaine sur ces sujets restés brûlants, à l'heure du renouveau et trop souvent du durcissement des positions religieuses des uns et des autres. Ce livre qui décrit la montée d'une intolérance portée parfois, de tous côtés, par les meilleurs esprits, est aussi un appel à la compréhension et à la tolérance, aujourd'hui, et un défi aux orthodoxies despotiques.

  • Publié en 1958, ce livre de Marguerite Harl marque un progrès majeur dans les études sur Origène. Embrassant l'ensemble des oeuvres connues du grand maître chrétien, il révèle les méthodes suivies dans ses recherches par l'Alexandrin, à partir de l'analyse des textes eux-mêmes, sans préjugés dogmatiques ni apologétiques. Ce livre met en valeur la carrure intellectuelle d'Origène, son attention aux débats philosophiques de son époque ainsi que son recours à la raison jusque dans l'analyse de l'aspiration mystique. Enfin, Marguerite Harl insiste sur la rigueur de sa science exégétique de bibliste, la force de sa pensée engagée dans une quête perpétuelle de clarté, des homélies aux traités en passant par les Commentaires des Écritures.
    Ce livre a été en son temps salué par la critique comme une contribution capitale au renouveau des connaissances sur Origène, sur les Pères de l'Église et sur l'Antiquité tardive mené dans un cadre universitaire sous l'impulsion et à l'exemple de Henri-Irénée Marrou, Henri-Charles Puech et André-Jean Festugière. Il reste aujourd'hui, soixante plus tard, un ouvrage de référence. Le portrait qu'il donne d'Origène au travail n'a pas pris une ride et constitue l'introduction savante la plus sûre à ses oeuvres.

  • Le volume II de l'Histoire de la littérature grecque chrétienne (De Paul apôtre à Irénée de Lyon) présente tous les textes grecs chrétiens du II e siècle, quel que soit leur milieu d'origine (« orthodoxes » ou « gnostiques », « canoniques » ou « apocryphes »), leur langue de conservation (grec, latin, arménien, copte, syriaque...) et leur forme littéraire (évangiles, récits apostoliques, formules de foi, actes de martyrs, épîtres, apologies, traités, dialogues, poèmes...). Une ample bibliographie est annexée à chaque chapitre.

  • Pendant longtemps, l'étude de la vie religieuse dans l'Antiquité tardive s'est appuyée sur l'idée que juifs, païens et chrétiens étaient en grande partie des groupes distincts, séparés par des marqueurs explicites en matière de croyances, de rites et de pratiques sociales. Cependant, depuis quelques années, un nombre croissant d'études ont révélé à quel point les identités dans le monde romain tardif étaient fluides, multiples et brouillées par les différences ethniques, sociales et sexuelles. Pour les chrétiens de cette période, la christianité n'était ainsi que l'une des identités disponibles parmi de nombreuses autres. Dans le présent ouvrage, Éric Rebillard explore la manière dont les chrétiens d'Afrique du Nord, entre le IIe et le milieu du Ve siècle, entre l'époque de Tertullien et celle d'Augustin, choisissaient les moments et les contextes dans lesquels ils s'identifiaient comme chrétiens, n'accordant la prééminence à leur identité religieuse que par intermittence. En déplaçant le curseur des groupes vers les individus et en mettant l'accent sur ces derniers, l'auteur remet plus largement en question l'existence de groupes soudés, stables et homogènes fondés sur la christianité. En montrant que le caractère intermittent de la christianité était un élément structurellement cohérent dans la vie quotidienne des chrétiens dans la période considérée, ce livre ouvre tout un ensemble de questions nouvelles qui nous permettront de progresser dans la compréhension d'une période cruciale de l'histoire du christianisme.

  • L'Histoire de la littérature grecque chrétienne a pour objectif de remplacer la dernière Histoire de la littérature chrétienne ancienne exhaustive qui ait été publiée en France, à savoir la version française de la Patrology de J. Quasten (Utrecht, 1950 et sq.). Depuis lors, les perspectives ont changé, et bien des découvertes (parmi lesquelles les codices de Nag Hammadi) sont intervenues, ce dont rendent compte les différents chapitres et notices de cette nouvelle Histoire de la littérature ainsi que les bibliographies qui leur sont associées. Elle constitue un manuel indispensable à la fois pour les non-spécialistes qui voudront aborder avec un bagage suffisant ce genre de littérature, et pour les étudiants et spécialistes qui y trouveront les renseignements nécessaires à la poursuite de leurs recherches.
    La parution du tome III (de Clément d'Alexandrie à Eusèbe de Césarée) est prévue pour le printemps 2017. Les trois derniers tomes (IV à VI) doivent paraître entre l'automne 2017 et l'automne 2018) ; ils couvriront ce qu'on appelle généralement « l'âge d'or » de la patristique, jusqu'au Concile de Chalcédoine (451).
    Le tome I, volume d'introduction, traite les questions transversales. Tout d'abord, il appelle à une réflexion sur le fait littéraire chrétien et les différentes manières dont il a pu être perçu et présenté (E. Norelli, P.
    Siniscalco, M.-A. Calvet), puis il fournit les informations nécessaires à sa compréhension et à son étude : la transmission des textes (R. Gounelle), l'élaboration de la doctrine (M.-A. Vannier), les éditions des écrits patristiques (M. Wallraff), les instruments de travail existants (B. Gain).

  • La Lettre d'Aristée à Philocrate a pour auteur un Juif de l'Égypte hellénistique dont le nom nous reste inconnu.
    Avec un art très sûr, elle met en scène le roi macédonien Ptolémée II d'Égypte et soixante-douze Juifs lettrés venus de Jérusalem, qui collaborent pour traduire d'hébreu en grec le texte de la Torah, afin qu'elle vienne enrichir la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. La renommée de cette Bible des Septante sera immense dans le judaïsme, puis dans le christianisme.
    On lit ensuite ici le Traité des Poids et Mesures d'Épiphane de Salamine, traduit en français pour la première fois, sous sa forme courte conservée en grec.
    Rédigé à la fin du IVe siècle de notre ère, consacré à la philologie biblique, il reprend le récit en l'enrichissant d'éléments légendaires et de nouveaux développements.
    Selon lui l'oeuvre des soixante-douze Anciens a été marquée par un miracle, et ce n'est pas de trop pour défendre l'autorité de la Septante. Car il existe désormais des traductions de la Bible plus récentes, celles d'Aquila, de Théodotion, de Symmaque et de deux anonymes, qui lui disputent la place de texte sacré et dont il faut aussi exposer l'origine.
    La troisième partie donne à lire plusieurs dizaines de textes grecs, latins, hébreux, syriaques et arabes, certains inédits en français, qui racontent à leur façon les origines de la Septante, et dont la rédaction s'étale depuis le IIe jusqu'au XVe siècles.

  • Ce volume assure la continuation des deux précédents tomes, consacrés l'un aux problèmes généraux relatifs à ce genre de littérature (2016, 406 p.), le second aux écrits chrétiens du IIe siècle (2016, 865 p.). L'entreprise se poursuivra avec trois volumes consacrés à l'âge d'or des Pères de l'Église, jusqu'au Concile de Chalcédoine (451). Il n'existe pas d'ouvrage concurrent dans ce domaine en langue française (la précédente Littérature grecque chrétienne est celle d'Aimé Puech, en trois volumes, publiés aux Belles Lettres entre 1928 et 1930 ; la traduction française de la Patrologie de J. Quasten, sous le titre Initiation aux Pères de l'Église, est tout à fait dépassée ; la traduction française de la Storia della letteratura cristiana antica greca e latina, de C. Moreschini et E. Norelli, ne dépasse pas la fin du IIe siècle, et est de moindre ampleur).
    Il s'agit donc bien d'une entreprise unique par sa dimension et son exhaustivité.
    Le IIIe siècle est celui de l'expansion du christianisme, avant son triomphe sous Constantin. Il voit accroître le nombre de ses fidèles, s'établir une structure ecclésiale forte, autour de l'évêque et des grands sièges épiscopaux, mais aussi s'aggraver les persécutions et se développer les débats théologiques et les crises internes. Les écrits de cette époque sont à la foi d'irremplaçables documents historiques, mais aussi des oeuvres littéraires et philosophiques (ou théologiques) à part entière, et bien souvent en tout point comparables, par la qualité et la profondeur, à celles de leurs contemporains païens. Parmi les plus éminents, Clément d'Alexandrie, Origène, Hippolyte, Eusèbe.
    Chaque chapitre ou chaque notice d'auteur est suivi d'une ample bibliographie, parfaitement à jour (y sont mentionnées des publications de l'année 2016). Ces compléments font de l'Histoire de la littérature grecque chrétienne un instrument d'une très grande utilité - aussi bien pour le public cultivé, qui y dénichera les informations nécessaires à une meilleure compréhension de l'oeuvre des Pères, qu'au spécialiste, qui y trouvera les éléments nécessaires à une première approche scientifique d'auteurs d'un abord parfois difficile.

  • L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée (v. 260 - 339/340) compte parmi les pièces maîtresses du patrimoine littéraire mondial. Première véritable "histoire" composée par un chrétien, elle constitue une source inestimable sur les trois premiers siècles du christianisme. Tout historien de l'Antiquité, tout helléniste, tout philologue l'a nécessairement rencontrée un jour. Et pourtant, cette oeuvre longue, riche et passionnante n'a jamais fait l'objet d'un commentaire continu.
    Le besoin d'un tel commentaire se fait d'autant plus cruellement sentir que le lecteur se trouve souvent désemparé face à une oeuvre à l'abord réputé difficile. Le grand public connaît mal la littérature chrétienne de l'Antiquité. Les spécialistes eux-mêmes se trouvent souvent arrêtés par la richesse et la complexité des problèmes posés par Eusèbe, comme par la dispersion de la bibliographie, particulièrement pléthorique.
    Notre ambition est de produire d'ici quelques années un commentaire suivi de l'Histoire ecclésiastique. Ce commentaire, muni d'un texte grec et d'une nouvelle traduction, permettra de faire connaître une oeuvre majeure et pourtant ignorée ou mal connue du grand public. Il aidera l'étudiant et l'universitaire dans son maniement de cette source souvent problématique. Il contribuera enfin, nous l'espérons, à donner un nouvel élan aux recherches sur l'Histoire ecclésiastique.
    Ce volume réunit des études d'introduction à l'oeuvre et au commentaire proprement dit. Elles ont pour but de présenter les grands enjeux historiques, littéraires et philologiques de l'Histoire ecclésiastique.

  • Ce volume inaugure l'édition bilingue en six tomes des Questions disputées, véritable somme inédite, datant des années 1290. Son auteur, le franciscain Richard de Mediavilla, est un penseur scolastique fort important et profondément original, dont l'oeuvre philosophique et théologique a été influente jusqu'au XVIIe siècle avant de tomber dans un injuste oubli. Ces huit premières questions constituent la partie la plus métaphysique de l'ouvrage. Les cinq premières forment en effet un traité du premier principe, axé sur la question de l'infini, du possible et de l'éternité du monde. Alors que les disputes antithomistes s'apaisaient, ces questions reprenaient de la vivacité avec de nouvelles formulations dans les années 1290. Les questions 6, 7 et 8 ont une forte cohérence : elles constituent un véritable traité de l'individualisation. Le tournant scotiste qui dissocie l'individualisation de la matière doit beaucoup à Mediavilla.

  • Rapprocher le Panégyrique de saint Mélèce composé par Jean Chrysostome (fin du IVe s. ap. J.-C.) et le Panégyrique de saint Jean Chrysostome écrit par Jean Damascène (début du VIIIe s. ap. J.-C.) permet de saisir la vie de la tradition littéraire grecque dans sa continuité et dans ses évolutions, aussi bien que celle de la spiritualité chrétienne. Les deux discours se font écho à travers une quête commune, celle de l'image idéale du maître spirituel. Si une communauté en pleine expansion mais en proie à des dissensions internes, au temps de Jean Chrysostome, a besoin d'une figure comme garant de son orthodoxie, la nécessité d'un référent est encore plus sensible à l'époque de Jean Damascène, tandis que le christianisme tend à devenir minoritaire par rapport à l'islam et que le grec en vient à être supplanté par l'arabe.

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