Arfuyen

  • Le texte ici présenté est la traduction du texte court des Révélations de l'Amour divin (Revelations of Divine Love) de Julienne de Norwich. Ce texte court nous est parvenu dans un unique exemplaire conservé à la British Libra-ry de Londres. Probablement écrit peu de temps après sa maladie par la jeune Julienne de Norwich (et donc vers 1373), ce texte court rend compte avec force et simplicité des 16 révélations reçues tandis que le texte long, écrit et réécrit tout au long de sa vie, n'en est qu'une sage réélaboration. Premier chef d'oeuvre de la littérature anglaise, ce texte court est étonnam-ment très peu connu en France. Publié pour la première fois en 1976 par les éditions du Parvis (Suisse) dans une traduction de Roland Maisonneuve, il est depuis très longtemps introuvable dans notre langue.
    « Un des plus beaux livres qui soit », disait Henri Bremond en parlant des Révélations. T. S. Eliot reprend dans ses Quatre Quatuors la parole reçue par Julienne de Norwich : « Je veux faire que tout soit bien, je ferai que tout soit bien, Je peux faire que tout soit bien, et Je sais faire que tout soit bien. Et tu verras par toi-même que tout sera bien », révélation qui est suivie de deux autres non moins réconfortantes : « Je te garde en pleine sécurité » et « Tu ne seras pas vaincue ». La spiritualité de Julienne est la vision d'un amour plus puissant que tout : que le péché, que la faiblesse, que la mort. Profondément joyeuse donc et qui suffit à illuminer une existence que Julienne vécut tout entière recluse dans un mur de l'église de Norwich.
    Considérée par le cistercien Thomas Merton (1915-1968) comme « l'un des plus grands théologiens anglais », elle est une sainte pour l'Église anglicane.

  • L'oeuvre poétique

    Jean de La Croix

    « Jean de la Croix, écrit le grand poète espagnol Jorge Guillén, est le plus grand poète le plus bref de la langue espagnole, peut-être de la littérature universelle. » Mais cette poésie est d'une telle densité, d'une telle intensité, d'une telle beauté qu'elle représente un sommet de toute la poésie amoureuse.
    Les circonstances dans lesquelles cette oeuvre a vu le jour sont pourtant des plus pénibles. Le 2 décembre 1577, Jean de la Croix est enlevé de force et sévèrement enfermé dans une cellule du Couvent des carmes mitigés de Tolède hostiles à la ré-forme qu'il souhaite promouvoir. Pendant huit mois, il y est soumis à un isolement total et à de grandes vexations. Mais c'est au cours de cette période qu'il compose une grande partie du fameux Cantique spirituel. Selon la tradition, les premiers vers lui seraient venus en entendant, du fond de son cachot, chanter une chanson d'amour : « Je me meurs d'amour, / Mon Amour, que faire ? » Transposée en amour divin, l'inspiration du poète exprime la brûlure d'un amour que rien ne peut apaiser. Quant au poème Nuit obscure, souvent considéré comme son chef-d'oeuvre, il fut écrit, semble-t-il, très peu de temps après son évasion de sa prison de Tolède.
    Introuvable depuis plusieurs années, la traduction de Bernard Sesé, qui constitue depuis trente ans l'édition de référence des poèmes de Jean de la Croix, est ici publié dans sa version définitive, tout à la fois complétée de nombreux poèmes (notamment les admirables et très peu connus versillos) et substantiellement révisée. Bernard Sesé est également l'auteur d'une Petite vie de Jean de la Croix (1990). Il est le tra-ducteur des Dits de lumière et d'amour (1985).
    Les « versets » (versillos) ont été écrits pour légender les cartes du Mont de Perfection dessinées vers 1578 par Jean de la Croix pour les carmélites de Beas de Segura.

  • Malgré toutes leurs promesses, les religions n'engendrent pas chez leur fidèle une franche gaieté, mais bien plutôt culpabilité et intolérance. Le christianisme n'y échappe pas : « Je croirais en leur dieu, raillait Nietszsche, s'ils avaient l'air un peu plus sauvés.» Si le xxi siècle, selon la fameuse prophétie attribuée à Malraux, doit être religieux ou ne pas être, faut-il qu'il soit celui de la tristesse et de l'autoflagellation ?
    D'inspiration toute franciscaine, le Traité de la joie du capucin Ambroise de Lombez (1708-1778), contemporain de Voltaire (1694-1778) et Rousseau (1712-1778), se propose de nous donner des remèdes à la tristesse. Car « la tristesse trouble l'esprit, et affaiblit le jugement ; elle nous rend soupçonneux, ombrageux, timides, incapables de conduire les autres, et plus encore de nous conduire nous-mêmes.» Aucun remède n'est donc à négliger : « Promenez-vous par de beaux jours dans des lieux où l'on respire un air pur et où le spectacle de la nature enchante l'imagination et bannit les images sombres et lugubres que des maux réels ou l'humeur mélancolique, plus dangereuse encore, y avaient empreintes.
    » Mais aussi « si cet exercice du corps ne suffit pas, le dirai-je ? prenez un peu de vin [.] Que le plaisir que vous trouverez à user de ce remède, et l'humeur gaie où il vous mettra, ne vous y fasse pas renoncer. » Ou encore :
    «Si l'usage du vin ne suffit pas encore, ajoutez-y le chant et la musique.» Le virus de la tristesse rend bête et méchant. En ces temps d'épidémie, le Traité de la joie est, pour les chrétiens et les autres, de salubrité publique.

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