Elisabeth Roudinesco

  • Le déboulonnage des statues au nom de la lutte contre le racisme déconcerte. La violence avec laquelle la détestation des hommes s'affiche au coeur du combat féministe interroge. Que s'est-il donc passé pour que les engagements émancipateurs d'autrefois, les luttes anticoloniales et féministes notamment, opèrent un tel repli sur soi ?
    Le phénomène d'« assignation identitaire » monte en puissance depuis une vingtaine d'années, au point d'impliquer la société tout entière. En témoignent l'évolution de la notion de genre et les métamorphoses de l'idée de race. Dans les deux cas, des instruments de pensée d'une formidable richesse - issus des oeuvres de Sartre, Beauvoir, Lacan, Césaire, Said, Fanon, Foucault, Deleuze ou Derrida - ont été réinterprétés jusqu'à l'outrance afin de conforter les idéaux d'un nouveau conformisme dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du côté des Indigènes de la République et autres mouvements immergés dans la quête d'une politique racisée.
    Mais parallèlement, la notion d'identité nationale a fait retour dans le discours des polémistes de l'extrême droite française, habités par la terreur du « grand remplacement » de soi par une altérité diabolisée : le migrant, le musulman, mai 68, etc. Ce discours valorise ce que les identitaires de l'autre bord récusent : l'identité blanche, masculine, virile, colonialiste, occidentale.
    Identité contre identité, donc.
    Un point commun entre toutes ces dérives : l'essentialisation de la différence et de l'universel. Élisabeth Roudinesco propose, en conclusion, quelques pistes pour échapper à cet enfer.

  • Après des décennies de commentaires apologétiques et de dénonciations violentes, nous avons bien du mal aujourd'hui à savoir qui était vraiment Sigmund Freud (1856-1939).
    Or, depuis la publication des dernières synthèses de référence, de nouvelles archives ont été ouvertes aux chercheurs, et l'essentiel de la correspondance est désormais accessible. L'occasion était d'autant plus belle d'y revenir qu'il restait beaucoup à dire sur l'homme et son oeuvre.
    Voici Freud en son temps, dans sa famille, entouré de ses collections, de ses femmes, de ses enfants, de ses chiens, le voici enfin en proie au pessimisme face à la montée des extrêmes, pris d'hésitations à l'heure de l'exil à Londres, où il finira sa vie.
    Le voici dans notre temps aussi, nourrissant nos interrogations de ses propres doutes, de ses échecs, de ses passions.

  • La Guerre des étoiles, Titanic, l'imaginaire des contes et légendes, le spectacle des cruautés humaines, le rêve, le comportement des animaux : Elisabeth Roudinesco mobilise bien des supports "concrets" pour permettre aux adolescents (et à leurs parents...) d'accéder à ce continent sans rivages ni localisation dans l'être humain : l'inconscient.Chemin faisant, et parce que l'intelligence de son jeune interlocuteur est stimulée dans son propre système de référence, on accède sans douleurs à la complexité du psychisme humain, où l'inconscient impose la vérité.Une grande réussite pédagogique.

  • Que signifie être juif et qu'est-ce qu'un antisémite ?

    Retour à la question juive, donc. Pour bien distinguer, d'abord, l'antijudaïsme médiéval (persécuteur) de l'antijudaïsme des Lumières (émancipateur). Pour passer ensuite en revue les grandes étapes de la constitution de l'antisémitisme en Europe. Puis, pour assister, entre Vienne et Paris, à la naissance de l'idée sioniste ? et à sa réception dans les pays arabes et au sein de la diaspora.

    « Juif universel » contre « Juif de territoire », tel est désormais le couple autour duquel s'organise le débat. Le voici bientôt relancé après la création de l'État d'Israël et le procès Eichmann, tandis que gagne souterrainement l'idée que le génocide serait pure invention des Juifs.

    /> Et pour finir, ceci : comment expliquer la multiplication, depuis quinze ans, des procès intellectuels et littéraires en antisémitisme.

  • - L'homme continue à faire l'objet des interprétations les plus extravagantes, tantôt idole tantôt démon. Mais le contexte, lui, a changé : l'époque héroïque de la psychanalyse a pris fin, nous vivons l'éclosion des psychothérapies, mille et une façons d'apaiser les souffrances contemporaines en vertu de pratiques toujours plus réglementées par l'Etat. Rappeler, dans ces conditions, ce que fut la geste lacanienne, c'est se souvenir d'abord d'une aventure intellectuelle et littéraire qui tint une place fondatrice dans notre modernité : liberté de paroles et de moeurs, essor de toutes les émancipations (les femmes, les minorités, les homosexuels), l'espoir de changer la vie, l'école, la famille, le désir. Car si Lacan se situa à contre-courant de bien des espérances de l'après-68, il en épousa surtout les paradoxes, au point que ses jeux de langage et de mots résonnent aujourd'hui comme autant d'injonctions à réinstituer la société.Retour sur sa vie, son oeuvre, ce qu'elle fut, ce qu'il en reste, avec pour guide sa meilleure spécialiste.

    - Historienne (Université de Paris - Diderot), Elisabeth Roudinesco est l'auteur, au Seuil puis chez Fayard, de plusieurs livres qui ont fait date, notamment Histoire de la psychanalyse en France, 2 vol. (rééd. " Pochothèque ", Hachette, 2009), Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée (1993, rééd. " Pochothèque ", Hachette, 2009), Dictionnaire de la psychanalyse (en coll. avec Michel Plon, 1997, 2000, et rééd. " Pochothèque ", Hachette, 2011), Pourquoi la psychanalyse (1999), La Famille en désordre (2002) et, avec Jacques Derrida, De quoi demain... Dialogue (2001). Chez Albin Michel, La Part obscure de nous-mêmes (2007) et Retour sur la question juive (2009). En 2010, au Seuil, Mais pourquoi tant de haine ?

  • La célébration du trentième anniversaire de la mort de Lacan a été l'occasion d'une formidable réception médiatique, de polémiques violentes et de débats. Parmi ces derniers, l'un des plus pertinents aura porté sur l'actualité et l'avenir du geste lacanien. Le philosophe et l'historienne ont entrepris d'en prolonger l'effervescence à travers un dialogue vivant et très élaboré, fondé sur la reconnaissance réciproque de leurs différences, la qualité de leurs points de vue et leur amitié.Le livre comporte deux parties. La première développe une suite de réflexions personnelles sur la relation que chacun des deux auteurs a entretenu avec Lacan, ainsi qu'une évocation des positions politiques et philosophiques de Lacan et de son importance dans le champ intellectuel. C'est la partie "homme Lacan", tel qu'il était et tel que les deux auteurs le comprennent.La deuxième est plus axée sur l'oeuvre elle-même et sur certains aspects de celle-ci : la logique, les mathèmes, les noeuds, les néologismes, la relation à l'amour, à la féminité, à la structure.

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