Passes Composes

  • L'opération Barbarossa, qui s'ouvre le 22 juin 1941 par l'entrée des Panzers de l'Allemagne hitlérienne en Union soviétique, est une guerre d'idéologies : le nazisme et son armée donnent alors la pleine mesure de leur potentiel de destruction. En face, le bolchevisme stalinien radicalise sa violence : la guerre ne change pas le stalinisme, elle l'exalte. En 1941, Wehrmacht et Armée rouge sont, de loin, les deux plus gros instruments militaires de l'époque. Dix millions d'hommes s'affrontent et se détruisent lors d'opérations militaires aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi.
    Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d'hommes, femmes et enfants, soldats et civils.
    Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri brossent la fresque du plus terrible affrontement de la Seconde Guerre mondiale, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d'armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d'exécution. Une somme unique et exceptionnelle.

  • Pour les historiens arabes les plus lucides, ce que nous appelons les Croisades entre dans le récit plus vaste de l'effondrement de l'Empire islamique. La grande offensive des " Francs " en Méditerranée constitue l'une des deux mâchoires de la tenaille qui prend en étau l'Islam aux XIIe-XIIIe siècles, et menace de l'anéantir. L'autre mâchoire, de loin la plus redoutée, se resserre à l'est avec les invasions mongoles.
    Au regard du gouffre de cette apocalypse orientale, les événements de la part occidentale du monde islamique, où s'inscrivent nos Croisades, nous ramènent presque à l'ordinaire des temps. C'est donc à un décentrement du monde que nous invite Gabriel Martinez-Gros, en nous positionnant à Damas ou Bagdad, voire Pekin, et non plus seulement en regardant Jérusalem depuis Rome ou Paris. Ainsi se révèle, dans une perspective mondiale et par un historien nourri de sources aussi bien latines qu'arabes, ce que furent les Croisades, l'empire de l'Islam et la puissance mongole.

  • De la prise de la Bastille à l'invasion de la convention, en passant par l'attaque de Versailles ou la prise des Tuileries, Antoine Boulant raconte 8 journées qui ont fait la Révolution. Caractérisées par un déroulement similaire - rassemblement puis marche des émeutiers, réaction du pouvoir, attitude des troupes, invasion des lieux de pouvoir, combats, massacres... -, ces journées voient le peuple en armes faire basculer les régimes, les hommes et les hiérarchies.
    En ce sens, elles sont le coeur de la Révolution française, elle-même matrice de bien des épisodes révolutionnaires de l'histoire mondiale. C'est aussi un retour au peuple, acteur toujours cité mais rarement étudié pour son action et son poids. Pour bien comprendre ces moments clés, à travers une narration remarquablement incarnée, l'auteur traite des causes de l'insurrection, du profil des émeutiers, du rôle des politiques ou encore de la réaction de la force armée du pouvoir.
    C'est ainsi le mécanisme de la révolution en marche qu'expose Antoine Boulant, mécanisme dont l'actualité se fait encore l'echo un peu partour dans le monde.

  • La décennie révolutionnaire fut le théâtre d'un conflit politico-religieux passionné dont l'histoire ne retint souvent que les outrances, celles de prêtres pourchassés, refugiés dans la clandestinité, massacrés, d'églises vandalisées et d'un catholicisme malmené et banni. S'il est impossible de nier ces excès, la question religieuse est bien trop ambiguë pour porter un jugement tranché et hâtif, qui fatalement conduirait au contresens, en amalgamant antireligion et anticléricalisme. En effet, un gouffre opposa frontalement le fanatisme de quelques déchristianisateurs de ceux, majoritaires, qui dénonçaient déjà les conséquences néfastes de l'intrusion du clergé aussi bien dans le domaine public que privé. A dessein, leurs buts, leurs actions n'avaient d'objectif qu'encadrer l'influence et la puissance cléricales. Reste qu'ils furent, plus souvent qu'à leur tour, assimilés à de farouches antireligieux alors que la plupart ne visaient qu'à endiguer le cléricalisme. En un rien de temps, comme un fétu de paille, une partie du clergé et de la société s'enflammèrent, la crise religieuse, devenue un enjeu crucial et dramatique de la Révolution, atteignit un point de non-retour.

  • Les statues des " grands hommes " sont aujourd'hui au coeur de l'actualité, tant en France qu'aux Etats-Unis ou en Angleterre, par le débat qu'elles soulèvent. La vandalisation de plusieurs dizaines d'entre elles interroge, parfois électrise, nombre de Français. C'est bien la mémoire des peuples qui est en cause, et la perception qu'ils se font de leur pays. Pour mieux comprendre la réalité française, où la question de l'esclavage n'est pas celle de la colonisation, Jacqueline Lalouette, qui travaille depuis 20 ans sur le peuple de statues en France, fait le tour de la question dans cette essai court mais incisif.
    L'objet n'est pas de polémiquer sur des concepts creux, mais bien de donner une réponse historique. Sans juger des motivations et intérêts des différents acteurs, l'auteure donne les clés de compréhension de ce débat passionnant, et passionné, en lui-même révélateur des oppositions mémorielles qui traversent la France. En trois parties, où les hommes et les statues qui les incarnent sont au coeur de la narration, Jacqueline Lalouette s'intéresse ainsi à la question de la mémoire de l'esclavage, puis de la colonisation, en l'inscrivant dans une histoire plus longue que les 5 dernières années.

  • Voici une histoire totale et inédite des « crises nucléaire », à savoir les moments où le monde manqua être détruit par la bombe atomique. Des explosions nucléaires au Japon en 1945 à la très récente escalade entre l'Iran et les Etats-Unis, en passant par la crise du détroit de Formose entre Taïwan et la Chine populaire (1954), Dien Bien Phu (1954), celle des missiles du Cuba (1962) ou encore celle de la guerre du Kippour (1973), l'auteur dévoile les coulisses diplomatiques et militaires de ces instants où l'humanité retint son souffle. Au cours de cette enquête sans précédent, fondée sur des témoignages de première main, on croise les principaux dirigeants des soixante-dix dernières années, Truman, Staline, Mao, de Gaulle, etc., mais aussi des femmes et des hommes des services secrets, James Bond méconnus et géniaux, qui ont, parfois, permis d'éviter le pire grâce à leur professionnalisme et à leur patriotisme.
    Odyssée glaçante et fascinante, ce livre est aussi une contribution sans précédent sur les doctrines nucléaires, lesquelles éclairent de façon décisive les tournants de la deuxième moitié du XXe siècle.

  • Le terme de Réforme est, d'ordinaire, réservé aux protestants du XVI siècle. Le phénomène semble en effet présupposer deux conditions sans lesquelles la rupture avec l'ancienne Église n'aurait pas été possible : l'humanisme et l'imprimerie. Or, le hussitisme - du nom de son « fondateur » Jan Hus et dont la capitale est Prague - est né trop tôt pour remplir ces critères. Ce double décalage a incité les historiens à ranger le hussitisme parmi les hérésies médiévales. Le mouvement tchèque n'a pourtant rien d'un groupe minoritaire déviant de la foi commune, puisqu'il a réussi, en Bohême et en Moravie, à conquérir la majorité des âmes et à se faire reconnaître une légalité publique.
    Le hussitisme appartient en réalité au nouveau modèle cultuel et social de la Réforme, et il oblige à en repenser la genèse. La synthèse proposée ici embrasse donc toute la destinée du hussitisme, depuis ses balbutiements dans les années 1400 jusqu'à sa disparation brutale. Des « martyrs » condamnés au bucher à la véritable guerre menée par un génie (pourtant aveugle) de la guerre médiévale, Jan Zizka, en passant par la politique des princes de la Renaissance et des papes ou la puissance des querelles théologiques, c'est un tableau passionnant et pourtant méconnu de l'histoire de l'Europe que dresse ainsi Olivier Marin.

  • Les élites sont aujourd'hui rendues responsables de tout. Mais n'en a-t-il pas toujours été ainsi? Dans ce livre dont l'approche est inédite, Eric Anceau retrace, de 1720 à 2020, la grand histoire des élites françaises : de la crise de l'Ancien Régime au drame sanitaire de cette année. En passant par la Révolution, la tentative napoléonienne de fusion de la France monarchique et de la France républicaine, les révolutions de 1830 et 1848, l'effondrement du régime de Napoléon III en 1870, le scandale de Panama, l'Affaire Dreyfus, la crise des années 1930, la Deuxième Guerre mondiale, la refondation gaullienne et, enfin, les tensions sociales des trente dernières années. Outre d'être une extraordinaire fresque de l'histoire de France, cet ouvrage est aussi une réflexion magistrale sur la nature de la relation entre les élites et le peuple, laquelle a toujours été frappée, selon l'auteur, du sceau de la défiance.

  • Les histoires nationales d'antan étaient trop étroites : on aurait dit qu'un seul pays, France ou Allemagne, représentait le centre du monde. Les auteurs ont donc souhaité une nouvelle perspective, non moins sérieuse et fiable, mais un peu plus vibrante, et tissée de beaux textes et de documents captivants. Dans cette perspective, le duc d'Arenberg a conçu le projet d'un beau livre, de pair avec le Secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. L'entreprise est menée en étroite collaboration avec l'Institut historique allemand de Paris. Les contributions s'attachent chacune à un beau document, et à l'un des événements, à l'un des personnages réels ou fictifs, à l'une des institutions, qui donnent du relief à quatre siècles d'histoire franco-allemande. Parmi ces documents, certains sont neufs, d'autres méconnus. Les contributions s'efforcent d'allier beauté et justesse, et elles se gardent du vocabulaire pédantesque. En évoquant précisément et passionnément les racines de notre Europe, elles parleront par là-même aussi de son avenir.

  • Le temps des guerres de Religion fut un moment de profond bouleversement : les institutions les plus anciennes vacillaient, les royaumes se disloquaient, l'Église explosait. Dans cet univers chaotique, les apparences trompeuses, les mensonges et les ruses furent souvent nécessaires à la survie. Pour mieux le comprendre, Nicolas Le Roux offre une analyse des tensions qui marquèrent la noblesse française dans le second XVIe siècle. Il examine ainsi, à travers les portraits d'hommes et de femmes de pouvoir - Guy de Lanssac, les Guise, Mme de Montpensier, le duc de Mercoeur et d'autres -, les différentes formes de contestation de la légitimité d'Henri III. L'auteur retrace les étapes de la construction de ces principales forces d'opposition, qu'il s'agisse de la nébuleuse constituée autour du duc d'Anjou ou des associations catholiques radicalement opposées à l'idée qu'un hérétique puisse prétendre à la couronne. À l'issue de ce parcours, c'est bien le fascinant portrait kaléidoscopique d'un royaume en mutation que brosse Nicolas Le Roux, à travers une galerie de personnages captivants et souvent surprenants.

  • La 13 division SS Handschar, créée en 1943, est une troupe musulmane originaire de Bosnie- Herzégovine. Recrutée par les Allemands, elle regroupe des Bosniaques chargés de lutter contre les partisans yougoslaves. Une fois entraînés sur le territoire français, ces combattants sont déployés dans les campagnes de Bosnie et contribuent aux plus grandes violences et exactions perpétrées contres les populations civiles durant la Seconde Guerre mondiale.
    Pour la première fois, un ouvrage va au-delà des clichés qui président à l'histoire de cette division. Xavier Bougarel, grand connaisseur des archives locales, s'intéresse aux motifs réels de la création de cette division SS, au profil et aux motivations de ses combattants, à la vie religieuse en son sein, aux formes de son engagement contre les partisans de Tito, et aux raisons de sa dislocation finale. Ce faisant, il propose aussi une nouvelle lecture de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans, marquée par l'importance des enjeux matériels, la multiplicité des stratégies individuelles de survie, et les changements incessants d'alliance et d'allégeance politiques et militaires.

  • Il est courant d'affirmer qu'au XVIII siècle, les femmes étaient libres, pour ne pas dire libérées. Puis d'ajouter dans la foulée que la Révolution française les a privées de leurs droits. Pour illustrer ce propos, les protagonistes de cette représentation utilisent à l'envi l'argument des femmes tenant Salon. Au-delà de la question de la représentativité de ces salonnières, il y a là le souhait de discréditer les années révolutionnaires.
    Toutefois, il ne suffit pas de se cantonner dans l'impressionnisme d'une telle hypothèse. Christine Le Bozec procède donc à un état des lieux de la condition féminine à l'époque des Lumières, avant d'envisager leur implication et leur rôle au cours de la Révolution française, puis de conclure sur l'Empire et la Restauration. Ses conclusions sont novatrices : le seul moment où le groupe femme (et non de rares individus) a réellement pris la parole, s'est fait écouter en investissant l'espace public, furent les années 1789-1795 ; années de conquête de droits chèrement et âprement acquis, puis difficilement conservés, avant que Bonaparte ne commence à les rogner et que la Restauration ne les supprime.

  • L'histoire des cinq premiers siècles de l'Islam, de la mort du Prophète (632) à l'émergence des sultanats turcs (XIe siècle), en passant par les conquêtes arabes, la mise en place du califat, l'éclosion et la chute des dynasties abbasside, omeyyade ou almohade, tel est le propos de Gabriel Martinez-Gros. Mais pour sortir d'une histoire de l'Islam vue d'Occident, et sans tomber dans l'illusion d'une histoire mondiale qui aboutit inévitablement à la réaffirmation du triomphe de l'exception occidentale, l'auteur convoque les quelques rares voix qui nous parviennent encore du fond de l'histoire islamique. Ces voix, ce sont celles des historiens arabes médiévaux, dont Ibn Khaldun et Ibn al-Athir.
    Ainsi se dessine une toute autre perception tant de l'Islam que de l'Empire, où les dynasties se consolident dans la première génération de leur existence, atteignent leur floraison dans la deuxième, vieillissent et agonisent dans la dernière. C'est donc à une triple réflexion que nous invite l'auteur : d'abord sur l'histoire de l'Islam, ensuite sur la dynamique impériale, enfin sur l'écriture de l'histoire. Un chef-d'oeuvre.

  • Entre le XVI siècle et le début du XXI , la place, l'écriture, le statut et la réception de l'histoire n'ont cessé d'évoluer, pour aboutir aux formes que nous lui connaissons aujourd'hui. Didier Le Fur montre ainsi que, après la Renaissance, l'explication du passé et de l'histoire du monde par les églises chrétiennes décline, en même temps que naît l'idéologie du "progrès", qui donnera ensuite naissance à la "science" de l'histoire actuelle.
    Particulièrement original, porté par un historien capable d'interroger sa pratique comme sa matière, ce formidable texte permet de sortir du débat sclérosant opposant "roman national" et "histoire mondiale", débat dont on peut questionner l'intérêt, puisque les deux notions portent un discours militant et sont francocentrés (malgré l'apparent paradoxe pour la seconde école). Et l'auteur de conclure qu'en réalité l'écriture de l'histoire en France, à l'image de ces deux courants, est toujours largement influencée par l'imaginaire chrétien, ce qu'il serait peut-être intéressant de questionner.

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