L'herne

  • Parlant de sa ville natale, Christian Bobin fait exploser toutes les notions tristes d'appartenance, de racines, voire d'identité. Il dessine ses rues, ses maisons préférées, le ciel qui roule au-dessus et contracte le tout dans le dessin d'une feuille d'automne, ou la minuscule cathédrale d'un flocon de neige. Celui qui était réputé immobile, plus sédentaire qu'un arbre, se révèle en vérité habitant de tous les mondes, vagabond de tous les ciels.

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  • Face à ce qui nous arrive, dénoncer ne suffit plus. Il faut défaire l'obédience qui fait le lit de l'apathie ambiante, autrement dit dé-coïncider. L'artiste dé-coïncide de l'art de son temps. Ou bien penser, c'est dé-coïncider du déjà pensé. Dé-coïncider de soi-même n'est-il pas au principe de l'éthique ? Pourquoi le concept de dé-coïncidence ne serait-il pas aussi porteur d'un engagement politique ? Pour rouvrir des possibles en France, qui s'est tellement rétractée.
    Pour engager une "seconde vie" de l'Europe... Une Association s'est créée sous ce titre, non en slogan, mais en tension : association.decoincidences@gmail.com J'y présente ces propositions. Elles en appellent d'autres. F.J.

  • Alain, philosophe athée, s'intéressait passionnément aux religions. C'est qu'il y voyait comme des miroirs, où l'humanité, qui les a produites, se projette et se reconnaît. Aussi en parle-t-il avec empathie et profondeur : je n'ai rien lu de plus beau sur les religions de la nature (« Pan »), de l'homme (« Jupiter ») ou de l'esprit (judaïsme, christianisme). Et rien de plus juste, sur la laïcité. Mais comment celui qui écrivait qu' « il n'est permis d'adorer que l'homme » put-il tomber - tout en se le reprochant - dans l'antisémitisme que révèle son Journal inédit ? C'est ce que j'ai voulu essayer de comprendre.

  • Ce Cahier est l'exploration de ce que Christian Bobin appela dès ses vingt ans Les différentes régions du ciel, et qui n'est autre qu'une sorte de chemin buissonnier contournant les croyances et les incroyances du monde. Les nombreux textes de Christian Bobin réunis dans ce volume démontrent la puissance de son écriture lumineuse qui ne cesse de conquérir un public fervent, et touche comme seule touche l'écriture des poètes.
    Écrivains (Sylvie Germain, Jacques Réda, Dominique Pagnier, Yves Leclair...), poètes (Alain Borer, Jean-Philippe de Tonnac, Pierre Bettencourt,...), philosophes (André Comte-Sponville...), universitaires (Serge Linarès, Bertrand Degott), artistes (Olivier Py, Franck Olivar...), compositeurs de musique (Benoît Menut, Olivier Bogé), journalistes (Jérôme Garcin) ou lecteurs anonymes, offrent au lecteur une polyphonie de textes et de réflexions où seront débattues les idées reçues qui depuis quarante ans déforment l'oeuvre de ce penseur libre.

  • Le texte de Simone Weil que nous publions est extrait de Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934), un ensemble d'études consacrées à la critique politique et sociale. Son « grand oeuvre », dira-t-elle, qui fit fort impression sur son ancien professeur de khâgne, le philosophe Alain. Il en parlera comme d'un travail de première grandeur.
    Elle a vingt-cinq ans mais c'est un travail qu'elle ne publiera pas de son vivant. Nous sommes au milieu des années 30, la Russie est sous la chappe stalinienne, Hitler vient d'arriver au pouvoir, la France est confrontée à des mouvements politiques et sociaux d'une rare violence. C'est dans ce climat de grande incertitude que Simone Weil entreprend un travail de réflexion fondamentale sur la nature de l'oppression dans toutes les sociétés, y compris communistes (l'oppression peut subsister lorsque l'exploitaion disparaît). Et sur les conditions d'une liberté effective, qui passe par une libération de la force spirituelle des individus et des peuples.

    « Et pourtant rien au monde ne peut empêcher l'homme de se sentir né pour la liberté. Jamais, quoi qu'il advienne, il ne peut accepter la servitude ; car il pense. Il n'a jamais cessé de rêver une liberté sans limites, soit comme un bonheur passé dont un châtiment l'aurait privé, soit comme un bonheur a venir qui lui serait dû par une sorte de pacte avec une providence mystérieuse. »

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  • L'Europe est en malaise de ne plus savoir que faire, aujourd'hui, du christianisme.
    Or, si nous évitons la question du christianisme, c'est, je crois, que le clivage entre « celui qui croyait au ciel » et « celui qui n'y croyait pas » n'est plus pertinent.
    Aussi aborderai-je le christianisme à titre de ressources. Celles-ci sont, disponibles, à qui les explore et les exploite. À titre de ressources : l'écart des langues et des Evangiles ouvrant un entre réflexif ; qu'un événement soit possible et qu'il soit la vie même ; qu'il faille désadhérer du vital pour accéder à l'originairement vivant ; que Dieu Père dé-coïncide en son Fils pour s'activer en Dieu ; ou qu'il faille se tenir hors du monde pour rencontrer l'Autre...
    Une reconfiguration radicale de la vérité.
    Sans y entrer par la foi, on suivra, dans Jean, des filons féconds d'une pensée de l'existence.
    Pourquoi s'en priver ?

    « Vous vous demanderez pourquoi je m'oc­cupe aujourd'hui de cela : du «christia­nisme». Qu'a-t-on encore à en faire ? Or je crois qu'il y a importance aujourd'hui à s'en occuper : à ne pas éviter la question du chris­tianisme. Non pour des raisons d'identité culturelle (l'Europe est-elle «chrétienne» ?), mais pour des raisons de fécondité culturelle et, plus précisément, en ce qui nous concerne, de fécondité pour la philosophie. Car il faut, après le temps de sa domination, puis celui de sa dénonciation, aujourd'hui de sa relégation, dresser le bilan de ce que le christianisme a fait advenir dans la pensée. »

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  • Le gaz s'allume au Palais-Royal et déploie son éventail de flammes jaunes ; les restaurants étalent à leurs vitrines des mets qui ne se mangent : poissons aux écailles d'azur et aux cottes d'argent, chevreuils aux chairs d'un rouge de pourpre, pistaches vertes, truffes noires, langoustes écarlates, pommes laquées de rose, et tout cela coûte deux francs... pour n'en pas manger ! En haut, c'est la cohue, les garçons s'élancent, crient, se disputent, bousculent les gens qui mangent et, dans ce vacarme de pas, de heurts, de hurlements, une petite cuiller qui sonne, en tombant, jette sa note aigrelette, tandis que le «ouf» des bouteilles que l'on débouche détonne sur le cliquetis des verres qui se brisent.

  • Introduction à la pensée du philosophe, helléniste et sinologue sous la forme d'un dialogue imaginaire avec le lecteur. F. Jullien montre comment l'étude de la pensée chinoise lui a permis d'ouvrir la philosophie à de nouveaux questionnements et explique les principaux concepts employés dans ses travaux tels ceux de propension, de tension et de transition ou de compossibilité et de processualité.

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  • L'oeuvre de Pierre Bergounioux est des plus singulières. Par ses objets, sa manière, sa langue, les vues que l'auteur s'emploie à soutenir avec énergie, le ton qui sont les siens. Pierre Bergounioux s'est voulu le témoin de la mutation qui vit, en moins d'un demi-siècle, les campagnes de l'Europe occidentale se vider de leur population. Un témoin non moins attentif qu'impliqué. Son oeuvre entretisse à petits points les fils de la découverte des mondes proches, du soi, des mondes extérieurs successifs à quoi contraint le passage du temps, la ruée des bouleversements technologiques,...

  • S'il est un travail vivant - mode d'activité essentiellement humain - c'est d'abord le travail manuel, méprisé par les Anciens, véritable levier qui met le monde en mouvement et pivot spirituel de la communauté réconciliée. Il faudra libérer le travail, pour que naisse une société d'hommes libres, pour qu'autour de la production se cristallise la fraternité. Il appartient aux travailleurs de se réapproprier l'appareil productif, pour que s'élargisse « peu à peu le domaine du travail lucide ».
    Avec le travail ainsi entendu, l'homme sort de l'imaginaire et se conforme « au vrai rapport des choses ». Le travail peut devenir transfiguration. Il peut être une « forme de sainteté ».

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  • Edgar Morin a pu passer pour une sorte d' amateur de génie. Après une jeunesse héroïque dans la Résistance, il se fit tour à tour sociologue, anthropologue, épistémologue, cinéaste, diariste. Sans être jamais exclusivement l' un ou l'autre. Mais avec le temps, avec le recul des années, son oeuvre apparaît de plus en plus clairement dans sa rigoureuse cohérence. On mesure combien sa « méthode », placée sous les auspices de la complexité, était à l'oeuvre dès les commencements, dès L'Homme et la mort, publié en 1950. Que ses divers travaux depuis plus de soixante ans forment un ensemble remarquablement construit, avec ses ébauches, ses perspectives, ses détours, ses passerelles et son couronnement, la fameuse Méthode. D'où se dégage une vision de l'homme prise dans le tout de l'homme et du monde, qui le rapproche des plus grands. Il est sans conteste un penseur majeur. Le Cahier de l'Herne que nous lui consacrons s'est attaché à mettre en évidence, à la fois la diversité et la cohérence de cette oeuvre. En même temps que son rayonnement international. Car s'il fut un peu boudé en France, ce qui n'est plus le cas, il fut très tôt considéré à l'étranger, en particulier dans l' Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal) et dans toute l' Amérique latine, comme l'un des représentants les plus éminents de la pensée française contemporaine. Ce Cahier est donc, d'une certaine façon, un hommage à Edgar Morin et nous le publions pour fêter son 95ème anniversaire. L'Herne ne pouvait, en effet, que consacrer un Cahier à Edgar Morin, qui a dépoussiéré le vieil humanisme étriqué, sans pour autant céder aux sirènes de la déconstruction. Car son humanisme se veut planétaire, et comporte une prise de conscience de la « Terre-patrie » comme communauté de destin, d' origine et de perdition.

  • La prochaine campagne électorale en France, nous annonce-ton, tournera autour de l'identité culturelle. Autour de ces questions : ne faut-il pas défendre l' « identité culturelle » de la France contre la menace des communautarismes ? Où placer le curseur entre la tolérance et l'intégration, l'acceptation des différences et la revendication identitaire ?

    Ce débat traverse l'Europe entière ; il concerne, plus généralement, le rapport des cultures entre elles en régime de mondialisation. Or on se trompe ici de concepts : il ne peut être question de « différences », isolant les cultures, mais d'écarts maintenant en regard et promouvant entre eux du commun ; ni non plus d' « identité », puisque le propre de la culture est de muter et de se transformer, mais de fécondités ou ce que j'appellerai des ressources. L'auteur ne défends donc pas une identité culturelle française impossible à identifier, mais des ressources culturelles françaises (européennes) - « défendre » signifiant alors non pas tant les protéger que les exploiter. Car s'il est entendu que de telles ressources naissent en un milieu et dans un paysage, elles sont ensuite disponibles à tous et n'appartiennent pas. Elles ne sont pas exclusives, comme le sont des « valeurs » ; elles ne se prônent pas, ne se « prêchent » pas, mais on les déploie ou l'on ne les déploie pas, et de cela chacun est responsable. Un tel déplacement conceptuel obligeait, en amont, à redéfinir ces trois termes rivaux : l'universel, l'uniforme, le commun, pour les sortir de leur équivoque. En aval, à repenser le « dia-logue » des cultures : dia de l'écart et du cheminement ; logos du commun de l'intelligible.

    À se tromper de concepts, on s'enlisera dans un faux débat, donc qui d'avance est sans issue.

  • Le cheminement du désir n'est point rectiligne. Il emprunte des tangentes, il esquisse des triangles, il s'enfonce dans des cercles vicieux. Dans les essais réunis ici par Mark Anspach et présentés pour la première fois en France, René Girard montre que les plus grands écrivains sont aussi des géomètres du désir.
    Chez Chrétien de Troyes, Dante, Racine ou Marivaux, le jeu de l'amour ne doit rien au hasard mais obéit à des lois implacables qui s'éclairent à la lumière de l'hypothèse mimétique. La coquette, le masochiste, le Don Juan, le voyeur, tous se laissent entraîner dans un ballet fascinant dont la chorégraphie leur échappe.
    Tantôt léger, tantôt grave, toujours perspicace et iconoclaste, l'auteur de Mensonge romantique et vérité romanesque apporte avec ce volume un nouveau volet à sa fresque historique de l'amour en Occident.
    L'introduction est signée de Mark Anspach, auteur du Carnet OEdipe mimétique paru en avril 2010 et directeur du Cahier Girard publié en 2008.

  • Vivant aux Etats-Unis pendant la guerre, Bertrand Russell publie son « Outline of intellectual rubbish » (De la fumisterie intellectuelle) en 1943. Désespérant de voir de « grandes nations, qui avaient guidé la civilisation, être dévoyées par des prêcheurs d'absurdités grandiloquentes», il se tourne vers l'étude du passé, pour découvrir, comme l'avait fait Erasme, « que la folie est éternelle et que pourtant l'humanité a survécu ».
    La lecture de cet essai peut nous fournir au moins une sorte de consolation, à une époque où les passions identitaires et religieuses menacent de plonger une nouvelle fois l'humanité dans le désastre. Toute sa vie, Russell a partagé sa passion pour la vérité avec son aversion envers la cruauté humaine, luttant par la plume contre ce qu'il nomme ailleurs « l'océan de folie sur lequel flotte, de façon incertaine, la fragile barque de la raison humaine ». Il a toujours réservé ses flèches les plus acérées pour les superstitions qui justifient la cruauté.
    Dans cet essai, Russell passe au scalpel de son ironie les préjugés religieux, philosophiques, nationalistes et politiques du passé et du présent. Les éditions de l'Herne sont heureuses de publier, pour la première fois en français, cet essai à la fois amusant et caustique du plus grand penseur rationaliste du 20è siècle.

  • Cahier Comte-Sponville

    Collectif

    • L'herne
    • 15 Janvier 2020

    Parmi les philosophes français contemporains, André Comte- Sponville occupe une place très particulière. Il fut une sorte d'éclaireur, sinon de pionnier. Par la simplicité et l'élégance de son écriture, par son souci de clarté, il a su rendre la philosophie accessible à un public élargi. La philosophie entendue stricto sensu. Car il est un philosophe à part entière, sorti des meilleures écoles, qui a construit au cours des années une philosophie ambitieuse et forte (en particulier morale), à travers divers ouvrages dont quelques traités. C'est l'un d'entre eux, sans doute le moins « technique », le Petit traité des grandes vertus, paru en 1995, qui lui assura une audience considérable, au-delà même de nos frontières.
    Il occupe encore une place particulière par son souci de mettre (ou de remettre) la philosophie au coeur de la Cité et de la vie. Il nous rappelle que la philosophie a d'abord été, sinon un « art de vivre », du moins un « choix de vie ». Qu'elle est aussi, inséparablement, une certaine façon de penser. Que philosopher, c'est à la fois, « penser sa vie » et « vivre sa pensée ». La grande majorité de ses lecteurs attendent de ses livres, non seulement une manne pour l'intelligence, mais une certaine « sagesse » (ou aspiration vers elle) sans « mystification ni lâcheté ».

  • Resté inédit du vivant de Huysmans, le manuscrit de ces Rêveries est tout à fait étonnant. Le mot « Rêveries » dans le titre, que Huysmans a préféré au mot « Propos » dans une première rédaction, paraît à la limite de l'antiphrase lorsqu'on lit le texte de cette diatribe contre l'Église de France, ou plus exactement contre le catholicisme à la française.
    Les Rêveries d'un croyant grincheux sont l'un des tout derniers textes de Huysmans. L'affaire Loisy, à laquelle ces Rêveries font référence, permet de le dater, avec une certaine probabilité, de l'année 1904. Comme l'écrit Huysmans à son amie Mme Huc le 17 décembre 1903, Alfred Loisy ne croyait pas à la Résurrection et contestait les sacrements. Il avait été démis de ses enseignements à l'Institut catholique de Paris en janvier 1903 et Rome, après de longs atermoiements, avait fini, en décembre, par mettre à l'Index cinq de ses ouvrages. Ce qu'en dit Huysmans semble suivre cette décision.

  • Cahier Camus

    Collectif

    • L'herne
    • 14 Septembre 2013

    Ce Cahier offre au lecteur un parcours très éclectique autour d'Albert Camus : les six sections visent à proposer des éclairages originaux sur sa vie, sur ses oeuvres - roman et théâtre -, sur sa pensée et sur ses engagements. Aucune recherche d´exhaustivité dans notre démarche : d´amples synthèses voisinent avec des « petits faits » ; des témoignages directs avec des études très « pointues » ; des textes de Camus avec des textes sur Camus. Nous avons voulu varier le plus possible les points de vue, pour que chaque lecteur circule dans le Cahier en gardant sa liberté d´interprétation. Nous voulons le rendre proche, frayer des voies vers l´homme, vers l´artiste, vers le penseur engagé, vers le journaliste - de manière que le lecteur du Cahier ait envie de lire ou relire telle ou telle des oeuvres de Camus. Nous avons pensé notre tâche comme celle de passeurs.

  • Cahier dirigé par Daniel Bougnoux et François L'Yvonnet.

    François Jullien est tout à la fois philosophe, helléniste et sinologue. Trois compétences qui ne témoignent pas seulement d'une intense curiosité et d'une vaste culture, mais plus essentiellement de l'originalité d'une démarche intellectuelle.
    La Chine est pour lui l'occasion d'un détour, l'occasion de se défaire des points de vue unilatéraux, d'opérer un décentrement. C'est le prix à payer pour se rendre disponible, pour donner toute sa mesure à la « croissance du divers », selon l'expression de Victor Segalen. Il faut faire l'épreuve du dépaysement de la pensée, créer du dissensus et donc faire dissidence. Cela conduit François Jullien à interroger nos propres catégories de pensée, celles qui nous viennent de l'Antiquité, principalement des Grecs, celles qui fondent notre tradition philosophique, qui nourrissent notre métaphysique. Il veut sonder, à la manière de Hegel préfaçant la Phénoménologie de l'esprit, ce qui bien qu'entrevu et parfois « bien connu » n'a pas été reconnu, ou poursuivi dans notre tradition venue de l'Antiquité. Il a donc voulu déclore d'autres voies, ranimer des possibles de la pensée, cultivés ailleurs et laissés chez nous en friche, ou tombés en déshérence. Cette relance de la philosophie exigeant un dehors, la Chine lui sert de point d'appui pour faire levier.
    Le Cahier de l'Herne qui lui est consacré cherche à rendre compte de toutes les facettes de cette pensée et de son influence aussi bien en France qu'à l'étranger (rappelons qu'il est le philosophe français actuellement le plus traduit dans le monde).

  • Ce volume souhaite proposer, au travers d'une mosaïque de points de vue, la complexité de la pensée de Françoise Héritier, dont nous n'avons de cesse de mesurer l'importance et l'ampleur.

    Les travaux de Françoise Héritier ont apporté un éclairage tout particulier sur la pensée féministe et le champs de la domination masculine, mais aussi sur l'histoire coloniale, la littérature anarchiste, la philosophie politique et finalement, sur toute l'histoire humaine. En creusant au plus profond de nos cultures communes, Françoise évitait la réduction de ces cultures à une pensée abstraite et théorique. Elle savait avant tout, prendre la mesure de l'être humain constitué de sens, d'émotions, de subjectivité, et s'attardait sur la rugosité d'un mot, d'une couleur, d'une perception ou le goût d'une confiture qui ont tout autant leur importance. Elle partageait dans ces derniers livres cette « légèreté », cette « grâce dans le simple fait d'exister » qu'elle revendiquait sans honte. Ce « sel de la vie », « trésor caché en nous » où l'amour des mots devenait aussi l'amour de l'autre.

    Les contributions réunies dans ce Cahier écrites par des journalistes (Jean Birnbaum, Laure Adler, Nicolas Truong), des historiens (Yann Potin, Jérôme Wilgaux), des psychanalystes (Aldo Naouri, Danièle Brun), et bien sûr des anthropologues et des ethnologues (Marc Augé, Philippe Descola, Jean Jamin), témoignent du retentissement de sa pensée dans de nombreux champs d'études. Ce Cahier contribue en effet à rendre accessible cette « pensée en mouvement » qu'a été, pendant plusieurs décennies, l'activité intellectuelle de la grande anthropologue, lui permettant de remonter aux principes profonds qui fondent l'identité humaine.

  • Victor Segalen est un écrivain singulier. Trois livres seulement sont parus de son vivant mais son oeuvre est foisonnante dévoilant une audace, et une qualité d'écriture si particulière. Le centenaire de sa mort nous donne l'occasion de rééditer ce Cahier de l'Herne, en le remodelant pour tenir compte des publications récentes. En faisant appel, non seulement aux spécialistes reconnus, mais aussi à de jeunes chercheurs ou à des essayistes venus d'autres territoires, ce volume révèle la personnalité complexe et insolite de l'écrivain. Il échangea de nombreuses lettres avec un cercle restreint d'amis, peintres, musiciens, poètes, philosophes et notamment Paul Claudel, qui sont reprises ici.
    C'est autant la personnalité de Victor Segalen que son oeuvre qui nous concernent aujourd'hui : une mort insolite qui transforme un événement biographique en scène poétique ; un voyageur qui traverse la Chine dans des conditions si aventureuses qu'elles font rêver ; des dons pour la peinture, la musique, la faculté d'absorber les connaissances des milieux qu'il fréquente : ses découvertes archéologiques, les photos qu'il rapporte de son expédition à travers la Chine, son ouvrage sur la Grande Statuaire le placent dans une lignée de savants. Le voyageur est poète, musicien, archéologue.

  • Etudes et témoignages sur l'auteur russe, éclairant sa personnalité et son oeuvre, mais aussi, plus largement, le problème de la situation de l'écrivain dans la société soviétique du XXe siècle. Ces hommages de lecteurs fervents et d'historiens de la littérature éclairent également un aspect un peu ignoré d'A. Soljénitsyne, ses dons de poète, de dramaturge et de polémiste

  • De la liberté de la pensée réunit plusieurs extraits des Principes de politique applicables à tous les gouvernements représentatifs, essai de Constant paru en 1815.
    Le philosophe s'interroge ici sur la liberté de la pensée, dans différents domaines : la problématique se pose-t-elle de la même manière dans le cas de la presse, de la religion, de l'individu ?
    « Il en est de la religion comme des grandes routes : j'aime que l'État les entretienne, pourvu qu'il laisse à chacun le droit de préférer les sentiers. » « Jamais la liberté ou plutôt la licence de la presse ne fut plus illimitée : jamais les libelles ne furent plus multipliés sous toutes les formes, et mis avec plus de recherche à la portée de tous les curieux. Jamais en même temps l'on n'accorda moins d'attention à ces productions méprisables. Je crois sérieusement qu'il y a aujourd'hui plus de libellistes que de lecteurs. »

  • Simone Weil

    Collectif

    Simone Weil, c'est d'abord un ton qui ne ment pas, qu'on ne peut guère comparer, en authenticité et en élévation, qu'aux derniers livres de l'Éthique de Spinoza.

    Une intelligence philosophique d'autant plus précieuse qu'elle ne se réfugie pas exclusivement dans l'empyrée de la philosophia perennis. Témoin d'une époque détestable, elle a voulu la penser. Il se pourrait bien, pour cette raison, que le siècle qui s'engage soit weilien. Non pas deleuzien, mais weilien. Car elle a pressenti l'imminence de la catastrophe et surtout les conséquences catastrophiques de la catastrophe. À cet égard, elle joue le rôle irremplaçable de ceux qui annoncent le destin apocalyptique de l'humanité, pour tenter d'inverser le cours du temps. Ce Cahier sera placé sous le signe du passage. Passage aussi bien d'Athènes à Jérusalem, la rencontre des philosophes et des prophètes, que de l'Occident vers l'Orient (la lecture des textes sacrés d'Égypte, d'Inde et de Chine et la rencontre météorique avec René Daumal), que l'articulation, chez elle «évidente», de la théorie et de la pratique, de la sagesse et de la science (« la géométrie grecque est une prophétie » - dira-t-elle), de l'université et de l'usine... Une praxis qu'elle s'attachera, en bonne platonicienne, à exhausser.

    Elle a fait sienne la règle implacable de G.-K. Chesterton : toute pensée qui ne devient parole est une mauvaise pensée, toute parole qui ne devient acte est une mauvaise parole, tout acte qui ne devient fruit est une mauvaise action. Il s'agit assurément de l'une des plus grandes pensées de notre tradition philosophique.

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