Nathan Katz

  • La présente édition est un hommage collectif rendu par les écrivains d'Alsace à celui qui est comme le « père » de la littérature moderne d'Alsace, Nathan Katz. Les textes de ce premier volume ont été traduits de l'alémanique par Claude Vigée, Jean-Paul de Dadelsen, Guillevic, Alfred Kern, Jean-Paul Klée, Gérard Pfister et Théophane Bruchlen. Les postfaces et les notes sont de Yolande Siebert, la mailleure spécialiste de Katz.
    « Katz a derrière lui, écrit Jean-Paul de Dadelsen, de longues générations de paysans qui ont labouré, qui ont semé et qui ont fait l'amour dans les chaudes alcôves au parfum dense et vieux. De là cette poésie profonde, mûrie et comme juteuse, qui fait penser à un fruit plutôt qu'à une couleur ou à une mélodie. » Si Nathan Katz prend le risque magnifique d'écrire dans une langue connue des seuls enfants de son Sundgau natal, ce n'est pas pour s'y enfermer mais, au contraire, pour la faire accéder à l'universel, du côté de ces oeuvres qu'il aime et qui l'inspirent : les poètes chinois et les tragiques grecs, les poètes persans et Rabindranâth Tagore.
    Durant sa vie de voyages incessants, trois livres n'ont cessé de l'accompagner : le Faust de Goethe, les discours du Bouddha et la Vie de Jésus de Renan. Et lorsqu'en 1972 un hommage solennel lui est rendu pour son 80e anniversaire, il a ces mots qui le montrent tout entier : « J'ai tenté de faire oeuvre d'homme. Au-dessus des frontières et des clans. Pardelà le fleuve Rhin. J'ai chanté les paysages, l'eau, les jours et la femme. En paix et en joie. C'est tout. »

  • C'est en juin 1915 que Nathan Katz est interné au camp de prisonniers de Nijni-Novgorod. Comme Etty Hillesum au camp de Westerbork, il écrit ce qu'il voit. Les paysages grandioses de la plaine russe en hiver. Mais aussi, sous forme de courtes nouvelles, des por-traits : un camarade de détention, une infirmière...

    Cela aurait pu n'être que le témoignage d'un soldat prisonnier de guerre en Russie de juin 1915 à août 1916. Mais c'est le premier livre de Nathan Katz et il préfigure déjà toute son oeuvre. Autodidacte passionné de littérature, jeté dans la guerre et blessé à 21 ans, il passe tout le temps de sa captivité à une seule chose : travailler sur lui-même. Et ce travail est avant tout, comme le proclame le sous-titre du livre, Un combat pour la joie de vivre : « J'aimerais bien savoir, écrit-il, qui pourrait m'interdire de me sentir libre ici, dans un camp de prisonniers, entouré de hauts murs certes, mais où le soleil brille dans la cour. » Ne croirait-on pas lire le journal d'Etty Hillesum au camp de Westerbork ?

    Écrit en langue allemande (l'Alsace était annexé au Reich depuis la défaite de 1870), Das Galgenstüblein raconte le devenir d'une conscience qui, jetée dans la mêlée d'une guerre, parvient à se former et à se dépasser en se hissant à l'universel. « Ce n'est sans doute pas un chef d'oeuvre littéraire, écrit Jean-Paul Sorg dans sa préface. C'est mieux que cela ! [...] C'est une confession singulière, à nulle autre pareille, qui prend place doucement - à pas de colombe - dans le champ de la littérature spirituelle mondiale, cent ans après sa première édition. »

  • Annele Balthasar

    Nathan Katz

    Annele Balthasar est l'oeuvre qui a fait connaître Nathan Katz et en a fait le symbole le plus authentique de la culture d'Alsace. Sa traduction par Jean-Louis Spieser est publiée dans le cadre du Prix qui depuis 2004 porte son nom (le Prix Nathan Katz du Patrimoine), créé pour faire découvrir en français un patrimoine littéraire de premier plan par sa richesse et sa variété, mais écrit presque entièrement en langue allemande ou alémanique jusqu'en 1945.
    Malgré son écriture très littéraire et un sujet ambitieux, la pièce a, dès sa création à Mulhouse en 1924, remporté un vif succès. Elle n'a cessé depuis lors d'être lue et jouée en alémanique sans jamais avoir été traduite en français.
    Aucun pittoresque régional cependant dans ce texte.
    Son double thème est profondément universel : c'est le mécanisme de la rumeur qui déforme la perception de la réalité (qu'on se rappelle la fameuse « Rumeur d'Orléans » analysée par Edgar Morin en 1969) et c'est celui du procès en sorcellerie qui broie la conscience des individus (le terme « chasse aux sorcières », le philosophe Jacob Rogozinski (professeur à l'uni- versité de Strasbourg) le rappelle dans sa passionnante préface, a été appliqué aux procès de Moscou comme dans tous les États totalitaires).
    Outre l'admirable humanisme de Katz, on retrouve aussi dans ce texte sa sensibilité quasi panthéiste à la Nature et à la Vie. « J'ai voulu, déclarait Katz, recréer dans mon Annele Balthasar ce souffle mystérieux qu'on entend pendant les nuits passer dans les vergers du Sundgau : toute la lumière, tout le rayonnement sur ce pays... »

  • Ils sont rares, les hommes qui ainsi élèvent, sans violence, par la seule exigence de noblesse qu'ils incarnent, imposent et transmettent, ceux qui s'approchent d'eux.
    Nathan Katz, nous le nommons père parce qu'il nous élève ainsi. Sa bonté est telle qu'elle appelle nécessairement l'amour. Sa poésie est expression de la joie - Lebensfreude - ou expression de la pitié, et rien de plus. Ce qu'a toujours été la poésie authentique, essentielle, depuis les premiers Grecs. Louange de tout ce qui est bien, amour de tout ce qui concourt à la vie. Et incompréhension profonde de tout ce qui est mal, étonnement douloureux devant les forces de mort.
    Ce qu'il nous enseigne, n'est-ce pas la difficile, l'absurde, l'insoutenable foi socratique : nul ne peut être méchant volontairement, nul ne peut être heureux dans le mal. Voilà ce que dit la vieille philosophie, ce que dit la poésie. Voilà l'amour, et l'amour de l'amour. Et, du même coup, voilà notre peu d'amour, notre impuissance infinie à aimer... Nathan Katz n'est pas seulement sa poésie. Il est ce que nous savons de mieux de la poésie.

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